La Chine tire de premières leçons militaires des difficultés russes en Ukraine


Un chasseur F-16 de l’armée de l’air de la République de Chine (Taïwan) (à gauche) et un bombardier H-6K de l’armée de l’air de l’Armée populaire de libération chinoise, au dessus du canal de Bashi, au sud de Taïwan, le 11 mai 2018.

Les experts chinois des questions militaires restent pour l’heure très silencieux sur la guerre en Ukraine. Le quotidien de l’Armée populaire de libération (APL), l’Université de défense nationale ou l’Académie chinoise des sciences sociales, proche du parti, n’ont pas produit d’analyses officielles, ce qui peut s’expliquer par la politique ambiguë de soutien choisie par le président Xi Jinping vis-à-vis de son partenaire russe, Vladimir Poutine.

« Il est néanmoins certain que les Chinois regardent de près de nombreux aspects du conflit et en tirent des leçons », estime Mathieu Duchâtel, de l’Institut Montaigne. Au moins pour une raison : « Avec cet échec complet d’un blitzkrieg appuyé par 1 500 missiles pour vaincre en trois jours, il est sûrement nécessaire de repenser complètement, pour Taïwan, un tel scénario, censé supprimer l’appareil de défense adverse, mettre en place la supériorité aérienne et parvenir à une capitulation immédiate avant que les Etats-Unis n’interviennent. »

Au regard du grand principe de la guerre, « connais ton ennemi et connais-toi toi-même », l’échec russe ne peut qu’étonner Pékin, à l’instar des capitales occidentales. Sur le plan opérationnel, la campagne d’invasion russe a même violé les trois autres « fondamentaux » de la doctrine offensive chinoise, relève David Finkelstein, directeur des affaires de sécurité pour la Chine et l’Indo-Pacifique au centre américain CNA d’Arlington : ceux de la surprise, de la coordination unifiée des opérations et de leur soutien global (logistique et politique).

« Les trois guerres »

Cet ancien officier relève, le 2 mai, sur le blog « War on the Rocks », que ce n’est pas l’agresseur, Vladimir Poutine, mais le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui pratique parfaitement les « trois guerres » définies par le Parti communiste chinois (PCC), à savoir la « guerre de l’opinion publique », la « guerre psychologique » et la « guerre du droit ». Sous l’autorité des commissaires politiques du PCC, « les analystes de l’Armée populaire de libération vont porter une attention importante aux dimensions cognitives et humaines de cette guerre, et ils vont lire les rapports sur le piètre moral des troupes russes, le manque de discipline dans les communications sur le terrain, et les accusations de crimes de guerre », assure M. Finkelstein.

En face, l’Ukraine agressée résiste, depuis l’invasion du 24 février, comme une nation en armes. « La question, pour la Chine, est donc celle de la détermination d’une population taïwanaise qui pourrait s’organiser en une longue guérilla sur toute la côte ouest de l’île face à un débarquement », souligne Mathieu Duchâtel.

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via LeMonde

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