La Chine veut exploiter l’échec américain en Afghanistan

Le confondateur des talibans, le mollah Baradar, et le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, lors de leur rencontre à Tianjin (Chine), le 28 juillet 2021.

Le retrait précipité des Etats-Unis de Kaboul et la prise de la capitale afghane par les talibans, dimanche 15 août, sont un filon pour la propagande chinoise : aux yeux de Pékin, rien de tel pour démontrer, comme l’a déclaré, lundi, le ministre des affaires étrangères, Wang Yi, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue américain, Antony Blinken, que « l’application mécanique d’un modèle étranger à un pays dont l’histoire, la culture et la situation sont différentes ne peut que conduire à l’échec ».

Dans un éditorial paru mardi, le China Daily glose sur « l’héritage désastreux des Etats-Unis en Afghanistan ». « La mort, les effusions de sang et une énorme tragédie humanitaire sont ce que les Etats-Unis ont véritablement laissé derrière eux en Afghanistan, dont l’illustration choquante a été ces Afghans tombés dans le vide après s’être accrochés à un avion militaire américain », y lit-on. Dans l’inventaire dressé par les médias chinois sur le fiasco américain, tout y passe : l’hubris américain, le « gaspillage stratégique » et l’incohérence des présidents successifs.

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Surtout, le cas afghan serait une « leçon pour Taïwan ». Le Parti démocrate progressiste (DPP) au pouvoir dans l’île, grand défenseur de la souveraineté taïwanaise, ferait mieux d’en « tirer les conséquences », prévient un éditorial du Global Times, publié lundi. Comme l’Afghanistan, Taïwan risque bien d’être « abandonné à son tour » : « Si une guerre éclate dans le détroit, la défense de l’île s’effondrera en quelques heures, et l’armée américaine ne viendra pas les aider. En conséquence, les autorités du DPP se rendront rapidement, et certains de leurs hauts responsables pourraient avoir à fuir en avion. »

Carte du pragmatisme

Pour Pékin, il ne s’agit pas tant d’y croire que de propager ces scénarios triomphalistes dans sa guerre de l’information contre Taipei : des trolls sur les réseaux sociaux, mais aussi certains médias prochinois de Taïwan s’en sont largement fait l’écho. Comme pour mieux faire passer le message, Pékin a aussi organisé, mardi, des manœuvres maritimes et aériennes à munitions réelles au large de l’île. Un avertissement contre la nouvelle « ligne rouge » que constituerait la participation de la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, au sommet virtuel pour la démocratie que compte organiser le président des Etats-Unis, Joe Biden, en décembre. Car, côté américain, le retrait d’Afghanistan avait été présenté, en juillet, par le locataire de la Maison Blanche, comme un moyen pour l’Amérique de « se concentrer sur le renforcement de ses atouts fondamentaux, afin de faire face à la concurrence stratégique avec la Chine et d’autres nation». Une logique qui n’a pas échappé à Pékin.

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via LeMonde

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