La colère des Bédouins fragilise la coalition israélienne

Des écoliers en grève traînent dans leur village d’Al-Atrash, dans le désert du Néguev. Ce mercredi 12 janvier, ils hésitent à traverser un petit champ d’oliviers qui borde cet agglomérat de tôle et de ciment, non reconnu par l’Etat, où vivent quelque 9 000 Bédouins. « Tu crois qu’on peut y aller ? On va se faire arrêter… » Soudain, derrière les branches, une centaine de policiers israéliens chargent. De jeunes adultes du village, encagoulés, refluent à travers les ruelles.

Sur la colline en terrain ouvert, des quads de la police soulèvent un nuage de poussière. Quatre officiers serrés dans leurs armures antiémeute se plantent au milieu d’un parking sauvage, montés sur de lourds chevaux andalous. De drôles de visières de plastique protègent les yeux des bêtes. « Il leur faudrait des chameaux, ce serait plus adapté », juge une femme à l’abri derrière une clôture. Un âne égaré braie à pleins poumons, sous un drone en vol stationnaire.

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Les heurts, qui se sont poursuivis jeudi, ont débuté lundi. Ce jour-là, des bulldozers du Fonds national juif (FNJ) ont commencé à niveler un terrain voisin pour y planter des arbres, censés circonscrire le village et l’empêcher de s’étendre. Des émeutes se sont ensuivies. Mardi, de jeunes bédouins ont bloqué la route 31 voisine. Des pierres disposées sur des rails près de Beersheba ont immobilisé un train. Une vingtaine de jeunes gens ont été arrêtés. Puis trente mercredi, et treize jeudi. Le FNJ a aménagé 32 hectares, selon les autorités du village, et planté une demi-douzaine de jeunes arbres.

Entre-temps, cette crise a paralysé le Parlement, à Jérusalem, menaçant de faire tomber le gouvernement israélien pour quelques eucalyptus. Elle a révélé les fractures de la coalition inédite, au pouvoir depuis juin. Parmi les huit partis, qui vont de la gauche à l’extrême droite, la Liste arabe unie (LAU), petite formation islamo-conservatrice (quatre députés sur cent vingt), puise une large part de ses votes dans le Néguev. Son leader, Mansour Abbas, a refusé, mercredi, de voter le moindre amendement à la Knesset, privant le gouvernement de sa majorité.

Villages non reconnus

M. Abbas avait fait un pas historique en le rejoignant, en juin. Il a encore fait sensation, en décembre, en affirmant qu’Israël est un Etat juif et le restera. Mais les notables du Néguev lui rappellent ses promesses : faire légaliser les villages non reconnus, reconnaître leurs droits sur une partie des terres et mettre un terme aux destructions de bâti par l’Etat, qui se poursuivent au grand dam de M. Abbas.

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via LeMonde

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