La condamnation d’un tortionnaire syrien en Allemagne, une première « historique »

Eyad Al-Gharib, ancien membre des services de renseignement syriens, lors du procès à Coblence en Allemagne, le 24 février.

Le message adressé aux tortionnaires du régime de Damas est clair : il n’y aura pas d’impunité. La justice allemande a condamné, mercredi 24 février, un ancien membre des services de renseignement syriens à quatre ans et demi de prison pour « complicité de crimes contre l’humanité » dans le cadre du premier procès lié aux exactions imputées au régime de Bachar Al-Assad.

La Haute Cour régionale de Coblence a ainsi reconnu coupable Eyad Al-Gharib, 44 ans, d’avoir participé à l’arrestation, à l’automne 2011, d’au moins trente manifestants près de Damas, et à leur transfert dans l’un des innombrables centres de détention de l’archipel de la torture syrien : la branche 251.

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« Cette décision est historique car c’est la première fois qu’un verdict est rendu à l’encontre d’un criminel appartenant au régime, a réagi le Centre syrien d’études et de recherches juridiques, une ONG qui traque les présumés criminels de guerre syriens. Même s’il n’est lié qu’à un seul individu, ce verdict affecte le système de crime organisé et systémique qui gouverne la Syrie par le fer, le feu, la peur et le terrorisme. »

De 2011 à 2020, plus de 14 000 hommes, femmes et enfants sont morts sous la torture dans les locaux des moukhabarat, les services de renseignement du régime de Damas, selon un décompte du Réseau syrien pour les droits de l’homme (SNHR). Des dizaines de milliers sont toujours portés disparus.

La torture et les exécutions à une échelle industrielle

« Cela envoie également un message clair au gouvernement syrien : les responsables seront traduits en justice. Ce verdict intervient près de dix ans après le début des premières manifestations pacifiques en Syrie – des années au cours desquelles l’Etat a déployé un arsenal de cruauté contre son propre peuple », rappelle Lynn Maalouf, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International, qui a qualifié le procès « d’historique ».

« Le nom de Bachar Al-Assad a été prononcé au moins cinq fois pendant l’énoncé du verdict », relevait Patrick Kroker, avocat des parties civiles au nom du European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR).

Car si le sergent Eyad Al-Gharib n’est qu’un petit rouage dans un système où la torture et les exécutions se pratiquent à une échelle industrielle, une procédure contre son coaccusé, Anwar Raslan, est toujours en cours à Coblence. Poursuivi pour le meurtre de 58 personnes et des sévices infligés à 4 000 autres prisonniers, son profil tranche avec celui d’Al-Gharib. Ex-colonel de la sûreté d’Etat, c’est le premier haut responsable syrien à comparaître devant la justice pour avoir été, jusqu’à l’automne 2012, le responsable des investigations de la Branche 251. Lui revenait la tâche de coordonner arrestations, enquêtes et interrogatoires. Sous ses ordres : Eyad Al-Gharib, condamné mercredi.

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via LeMonde

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