La Côte d’Ivoire demande au Mali de libérer « sans délai » ses 49 soldats


Des militaires ivoiriens s’entraînent à Toumodi, en Côte d’Ivoire, avant leur départ pour le Mali, en avril 2013.

La Côte d’Ivoire a demandé au Mali, mardi 12 juillet, la libération « sans délai » de ses 49 militaires arrêtés « injustement » dimanche à l’aéroport de Bamako et accusés d’être des « mercenaires », niant toute intention de déstabiliser son voisin.

« Aucun militaire ivoirien de ce contingent n’était en possession d’armes et de munitions de guerre », indique un communiqué de la présidence ivoirienne publié à l’issue d’un conseil national de sécurité (CNS) extraordinaire. « La Côte d’Ivoire, qui a toujours œuvré au sein des instances sous-régionales, régionales et internationales pour la paix, la stabilité et le respect de l’Etat de droit, ne peut s’inscrire dans une logique de déstabilisation d’un pays tiers », ajoute le texte.

Lundi, le gouvernement malien a qualifié ces soldats ivoiriens de « mercenaires ». Selon lui, ils « se trouvaient illégalement sur le territoire national du Mali […] en possession d’armes et de munitions de guerre, sans ordre de mission ni autorisation ». « Le dessein funeste des personnes interpellées était manifestement de briser la dynamique de la refondation et de la sécurisation du Mali, ainsi que du retour à l’ordre constitutionnel », a indiqué le porte-parole du gouvernement, Abdoulaye Maïga.

Mais selon Abidjan, la présence de ses soldats dans le cadre d’opérations de soutien logistique à la mission des Nations unies au Mali, la Minusma, est « bien connue des autorités maliennes ». Des militaires ivoiriens sont présents à l’aéroport de Bamako depuis juillet 2019 et la signature d’une convention avec l’ONU, a précisé le CNS. « Depuis cette date, sept contingents se sont relayés périodiquement sur ce site, sans aucune difficulté », ajoutent les autorités ivoiriennes, qui assurent avoir transmis « une copie de l’ordre de mission » à Bamako. Elles affirment par ailleurs vouloir continuer « d’œuvrer pour le maintien du climat de paix et de fraternité qui a toujours prévalu entre la Côte d’Ivoire et le Mali ».

Mardi, le porte-parole adjoint de l’ONU Farhan Haq a expliqué que les militaires interpellés ne faisaient pas « formellement partie de la Minusma » mais qu’ils étaient des « éléments nationaux de soutien », c’est-à-dire des effectifs déployés par les pays contributeurs de troupes « en soutien à leurs contingents ». « C’est une pratique commune dans les missions de maintien de la paix », a-t-il ajouté.

« Mission confidentielle »

Une partie des militaires ivoiriens retenus sont venus au Mali sur la base d’une convention pour travailler sur la base logistique de la société Sahelian Aviation Services (SAS). Le gouvernement malien affirme que ces militaires ont avancé quatre versions différentes pour justifier leur présence sur le territoire malien : « la mission confidentielle, la rotation dans le cadre de la Minusma, la sécurisation de la base logistique de SAS et la protection du contingent allemand ». L’information de l’arrestation de militaires ivoiriens a commencé à être diffusée dimanche sur les réseaux sociaux avant de devenir virale, certains accusant ces soldats d’être venus commettre un putsch.

Le colonel Assimi Goïta, chef de la junte militaire malienne, a indiqué mardi dans un tweet avoir eu un entretien téléphonique avec le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. « Nous avons évoqué l’appui [de l’ONU] au processus de transition au Mali et j’ai réitéré la nécessité pour les partenaires de respecter la souveraineté du Mali », a-t-il écrit. L’entretien a été confirmé par l’ONU.

Le Mali, pays enclavé au cœur du Sahel, a été le théâtre de deux coups d’Etat militaires en août 2020 et en mai 2021. Il a récemment adopté un calendrier de transition devant permettre un retour des civils au pouvoir en mars 2024. A la suite de l’adoption de ce calendrier, les pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), dont fait partie la Côte d’Ivoire, ont levé les sanctions économiques et financières qui frappaient le Mali depuis janvier.

La crise politique va de pair avec une grave crise sécuritaire en cours depuis le déclenchement, en 2012, d’insurrections indépendantiste et d’actions djihadistes sanglantes dans le nord. La junte au pouvoir à Bamako s’est détournée de la France et de ses partenaires et s’est tournée vers la Russie pour tenter d’endiguer la propagation djihadiste qui a gagné le centre du pays ainsi que le Burkina Faso et le Niger voisins.

Avec ses quelque 13 000 soldats, la Minusma, créée en 2013 pour soutenir le processus politique malien, a été prolongée d’un an le 29 juin.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess