La Cour suprême, une institution américaine dans la tourmente


Manifestation pour le droit à l’avortement devant la Cour suprême, le 14 mai 2022.

Il est arrivé en taxi peu avant 2 heures du matin à proximité de la maison de Brett Kavanaugh, située dans une banlieue cossue au nord de Washington. En ce 8 juin, Nicholas Roske, 26 ans, portait une mallette et un sac à dos, avec un pistolet Glock, des munitions, un aérosol et un couteau. Le jeune homme a pourtant renoncé à tuer le juge de la Cour suprême. Il a appelé la police, qui l’a interpellé. Nicholas Roske a expliqué aux agents qu’il avait été bouleversé par la fuite, dans la presse, d’un brouillon de décision de la Cour, qui dessinait un abandon imminent de l’avortement comme droit constitutionnel.

Cette visite nocturne ne représente pas un cas isolé. Les dernières semaines de délibération de la Cour suprême, avant la trêve estivale prévue fin juin, se passent dans une atmosphère empoisonnée. La clôture installée autour du bâtiment en atteste. L’annonce probable dans les jours à venir de la fin de l’ère Roe vs Wade, la décision de la Cour en 1973 légalisant l’avortement, représente un séisme politique et sociétal. Au sein de l’institution, un contrat tacite de confidentialité a été rompu avec la fuite du brouillon. Une enquête interne est en cours pour en déterminer l’origine.

Révolution réactionnaire et religieuse

A l’extérieur, les critiques fusent contre la majorité conservatrice (six juges contre trois), accusés d’imposer à la Cour – et par extension à la société américaine – une révolution réactionnaire et religieuse ne représentant pas les convictions d’une majorité de citoyens. De petits groupes de militants en faveur des droits des femmes ont organisé des rassemblements devant les domiciles de plusieurs juges. Une pression inhabituelle, relayée par les réseaux sociaux.

Les controverses autour de la Cour ne concernent pas seulement le contenu de ses décisions, mais aussi la question éthique. L’immense pouvoir des magistrats, nommés à vie, n’est pas encadré par un code de bonne conduite. C’est ici qu’entre en scène Ginni Thomas, la femme de Clarence Thomas. Personnage très influent dans les milieux conservateurs, celle-ci a clairement soutenu la campagne de Donald Trump visant à nier la victoire de Joe Biden et à empêcher la certification des résultats de l’élection présidentielle de 2020. La commission d’enquête de la Chambre des représentants sur l’assaut contre le Capitole souhaite l’entendre début juillet. Le conflit d’intérêts, pour le juge Clarence Thomas, saute aux yeux. Sauf aux siens. Il a été le seul, parmi les neuf magistrats, à s’opposer à l’obligation faite à Donald Trump de transmettre tous les documents réclamés par la Commission.

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via LeMonde

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