La décadence de Rome, une histoire ancienne

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Publié aujourd’hui à 19h00, mis à jour à 19h02

Le Soleil vient de se lever. Visiblement, la nuit a été longue, et on n’a pas beaucoup dormi. Au centre du tableau, attirant les regards, une femme en tunique blanche, alanguie, semble perdue dans d’insondables pensées. Tout autour d’elle, des corps plus ou moins dénudés s’enlacent mollement, on discute, on se verse à boire, dans un fouillis d’étoffes orientales, de draps et de coussins, sous le regard immobile de cinq statues de marbre monumentales. Les fins de fête sont toujours un peu tristes, et sans doute était-ce déjà vrai dans la Rome impériale.

Les Romains de la décadence, de Thomas Couture, qui trône au rez-de-chaussée du Musée d’Orsay, dans l’allée centrale des sculptures, n’a pas révolutionné l’histoire de la peinture, loin de là. Cependant, cette toile, considérée aujourd’hui comme un des plus parfaits exemples de peinture « académique » – la peinture d’histoire étant jugé l’art pictural le plus noble, selon les canons classiques –, a tout de même remporté un franc succès lors de sa présentation au Salon de 1847, l’auteur ayant gagné dans l’entreprise un surnom (« le nouveau Veronese ») devant sans doute plus aux dimensions du tableau (7,72 mètres de long, 4,72 de haut) qu’à ses qualités intrinsèques. Mais laissons là les considérations esthétiques. L’intérêt, du moins pour nous, est ailleurs. Il est dans l’imaginaire d’une Rome décadente, mise ici en image avec une profusion de détails.

Lire le premier épisode : Quand Rome rencontra les irréductibles Germains

Ces « Romains de la décadence », selon Thomas Couture, sont des hommes et des femmes allongés, « à l’orientale » pourrait-on dire, repus de tous les plaisirs. Cette horizontalité s’oppose à la verticalité des statues en gloire qui, unies aux colonnes, donnent à la scène un semblant de perspective. Selon toute vraisemblance, les deux personnages de gauche seraient Caton et César, tandis qu’à droite on reconnaît Cicéron et Auguste. L’éphèbe placé au centre de la composition ne serait autre que le glorieux Germanicus (15 av. J.-C.-19 ap. J.-C.), successeur désigné de Tibère (il mourra avant lui), qui a remis au pas les tribus germaines, lavant l’affront de la défaite de Teutobourg (9 après J.-C.), qui avait tant ébranlé Auguste… Ainsi explicitée, la scène devient limpide : sous le regard de leurs glorieux ancêtres, les « Romains de la décadence » se prélassent, avachis, prisonniers de leur esprit de jouissance, alors qu’arrive à leurs portes un ennemi germanique qui bientôt va les balayer.

« Plaisirs immondes »

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via LeMonde

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