La lente hémorragie des Ukrainiens d’Enerhodar, cité nucléaire prise en otage par les Russes


Un membre de la protection civile ukrainienne inspecte le taux de radiation des voitures venant des territoires occupés, à Zaporijia, le 1 septembre 2022.

Enerhodar se vide de ses habitants. Une lente hémorragie d’Ukrainiens éreintés par les bombardements des dernières semaines, par le harcèlement des troupes d’occupation russes. Et par la menace atomique de la centrale nucléaire de Zaporijia, tout à la fois mère nourricière et épée de Damoclès de cette cité austère des bords du Dniepr, succession de barres d’immeubles qui datent de l’époque soviétique.

« On dirait qu’Enerhodar est en train de mourir », souffle Olena, une jeune femme de 21 ans, qui elle-même en est sortie début septembre, rencontrée à Zaporijia, à 120 kilomètres d’Enerhodar, première ville au-delà de la ligne de démarcation.

C’est à Enerhodar, dans le sud-est de l’Ukraine, que se trouve le site de la centrale nucléaire de Zaporijia, occupée par les Russes depuis début mars. Une centrale devenue tristement célèbre dans le monde entier depuis début août, quand les bombardements ont commencé sur cette ville qui comptait 53 000 habitants avant le début de l’invasion russe le 24 février, et n’en compterait plus que la moitié. Des bombardements qui éveillent la crainte d’une catastrophe nucléaire aux conséquences inconnues.

Olena a renoncé à travailler en boutique car elle ne supportait plus de voir les soldats russes dans le magasin. « Ils ne venaient pas au début, peut-être qu’ils avaient peur. Puis on les a vus commencer à patrouiller en ville, le doigt sur la gâchette, ça fait peur. Et dans les rues, des Russes en civil se promènent pour écouter nos conversations et s’ils nous entendent parler ukrainien, ils demandent pourquoi on fait ça, ils disent que les gens qui sont patriotes peuvent être des agents de Kiev. »

« La ville est bombardée en permanence »

Olena a beaucoup d’amis qui travaillent à la centrale. « Ils voyaient que les Russes qui y venaient ne respectaient pas les consignes de sécurité, ne s’habillaient pas en combinaison de protection. Ils fréquentaient en revanche assidûment le restaurant de la centrale, réputé pour sa qualité. »

Parmi les habitants qui fuient se glissent des techniciens de la centrale nucléaire. « Nous avons très peur, la ville est bombardée en permanence, dit Andryi, parti d’Enerhodar deux jours plus tôt avec femme et enfants. Il travaillait à la centrale nucléaire comme technicien réparateur des réacteurs. J’ai entendu régulièrement d’où les tirs partaient, et c’était de notre côté, occupé par les Russes. » Son quotidien devenait intenable, celui de ses enfants aussi, alors que les Russes veulent les forcer à intégrer le système éducatif russe. « J’ai quitté secrètement la centrale car ils ne laissent pas les employés partir. Ils ont peut-être une liste avec les principaux responsables, mais en tout cas, sur les checkpoints que j’ai traversés, je n’ai pas vu que les soldats russes utilisaient une telle liste. Ils n’ont pas contrôlé mon histoire et j’ai pu passer. » Quand on lui demande si en tant que technicien de la centrale, son expertise ne va pas manquer à la sécurité du site, il hésite un instant. « J’ai quand même demandé à mon chef l’autorisation de pouvoir partir, souffle-t-il, il m’a signé un congé. »

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via LeMonde

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