La mort d’Abdul Qadeer Khan, fondateur du programme nucléaire pakistanais

Abdul Qadeer Khan, à Islamabad, le 24 décembre 2003.

Abdul Qadeer Khan était le « père » de la bombe atomique pakistanaise. Il est mort le 10 octobre, à l’âge de 85 ans, à Islamabad. Cet ingénieur en métallurgie formé en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas n’était pas seulement le fondateur du programme nucléaire pakistanais, mais un personnage controversé, qui s’est retrouvé au centre d’un des plus gros scandales mondiaux de prolifération.

Pour le Pakistan, il restera un héros, dont la photo orne les magasins, les bus et les camions ; l’homme ayant permis au pays de se hisser au niveau des puissances nucléaires, comme l’Inde, l’ennemi historique. La détention de l’arme suprême a toujours été considérée au « pays des purs » comme un élément de fierté nationale.

La course à l’atome a débuté en 1971 après la troisième guerre avec l’Inde, qui signa la défaite d’Islamabad et aboutit à l’indépendance du Pakistan oriental, le futur Bangladesh, soutenu par les Indiens. Zulfikar Ali Bhutto, premier ministre pakistanais entre 1973 et 1977, se persuade alors que la capacité nucléaire peut assurer une « parité stratégique » avec son voisin, mieux doté sur le plan de l’armement conventionnel.

Mais New Delhi a une longueur d’avance et réussit son premier essai nucléaire le 18 mai 1974. C’est le moment que choisit Abdul Qadeer Khan pour proposer ses services au premier ministre pakistanais. Né le 1er avril 1936 à Bhopal, en Inde, le scientifique a toujours nourri une animosité personnelle à l’égard de son pays de naissance qu’il fut obligé de quitter cinq ans après la partition de l’Empire britannique, en 1947, pour rejoindre le Pakistan. Il n’a pas supporté la seconde partition du pays avec la perte du Bangladesh.

Vol de plans

Depuis 1972, il travaille aux Pays-Bas pour le Physical Dynamics Research Laboratory, sous-traitant du partenaire néerlandais d’Urenco, un consortium de sociétés britanniques, allemandes et néerlandaises créé pour développer l’enrichissement de l’uranium par l’utilisation d’ultracentrifugeuses. Abdul Qadeer Khan, qui a été embauché comme traducteur pour retranscrire en néerlandais des documents allemands, réussit à se procurer les informations cruciales sur cette technologie.

En 1975, il quitte les Pays-Bas avec sa femme, une ressortissante britannique, et ses deux filles, après avoir volé des plans de centrifugeuses et la liste de fournisseurs, principalement européens, auprès desquels il pourrait se procurer des pièces. Le premier ministre pakistanais le désigne en 1976 pour diriger le programme d’enrichissement d’uranium.

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via LeMonde

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