La nouvelle division de l’Europe analysée dans la revue « Politique étrangère »

La revue des revues. C’est une double sidération qui a saisi les Européens le 24 février avec l’agression russe contre l’Ukraine. Non seulement, pour la première fois depuis 1945, une guerre conventionnelle de haute intensité et interétatique est de retour sur le Vieux Continent, mais elle s’installe dans la durée. Cette nouvelle donne d’un entre-deux-paix ou entre-deux-guerres, dont ne peut encore mesurer toute la portée, est analysée avec une grande pertinence par la revue Politique étrangère dans sa dernière livraison de l’été 2022.

« A quoi ressemblera l’Europe géopolitique de demain après l’affirmation ukrainienne, l’échec stratégique russe – déjà acté –, la re-légitimation et l’élargissement du camp atlantique, avec une fracture sans doute durable et sans doute bien pire pour la Russie que le vieux rideau de fer ? », s’interroge l’éditorial de la revue de l’Institut français des relations internationales, ouvrant un dossier qui dresse un premier bilan de ces cent jours de guerre et des nombreuses surprises qu’ils ont suscitées.

Contre toute attente, Kiev a tenu le choc. « La consolidation d’un sentiment national ukrainien et le développement d’un vaste mouvement de volontaires liés au conflit depuis 2014 expliquent l’ampleur de la résistance des Ukrainiens et font qu’il est très difficile d’imaginer une issue rapide à la guerre », relève le chercheur Hervé Amiot qui, sans nier le rôle considérable joué par les aides occidentales, souligne l’importance des mutations de la société ukrainienne et son occidentalisation croissante ces dernières années.

Carnages du XXe siècle

Autre surprise : ce conflit que l’on imaginait hybride, se déroulant en bonne part dans le cyber et utilisant des armes de haute technologie, rappelle les carnages du XXe siècle. « Après une phase dynamique, où les Russes ont bénéficié de l’avantage initial de la puissance et de la surprise, les opérations se sont stabilisées sur un front rigide à la manière des combats en Belgique et en France en 1914 », analyse l’historien Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine, soulignant notamment l’impréparation de l’armée russe à la guerre urbaine et le caractère très limité de sa modernisation, aussi bien technique que stratégique.

Quels qu’en soient sa durée et ses résultats sur le terrain, ce conflit débouchera sur un nouvel équilibre des forces en Europe, fondé, comme celui de la guerre froide, sur la dissuasion mutuelle américano-russe, avec un nouveau rideau de fer déplacé beaucoup plus à l’est, comme l’analyse le chercheur russe Dmitri Trenin, du Conseil Russe pour les affaires internationales. Il appelle « à accepter la réalité de l’impasse d’un continent divisé, alors que l’Ukraine qui a échoué à incarner un rôle de pont ou de tampon entre la Russie et l’Ouest aura perdu une partie de son territoire et de sa population ».

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via LeMonde

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