« La Russie est un village “Potemkine” : derrière une façade qui donne l’illusion de la résilience, des fissures menacent déjà les fondations de son économie »

Dans la torpeur de l’été, une petite musique s’est insidieusement installée dans le débat public. Les sanctions occidentales prises à l’encontre de la Russie à la suite de l’invasion de l’Ukraine seraient un échec. Non seulement l’embargo ne fonctionnerait pas, mais il serait en train de se retourner contre les intérêts de ses promoteurs. Pire, l’économie russe ferait preuve d’une résilience insoupçonnée.

Un moment cantonné à l’extrême droite et aux franges d’un populisme à courte vue, ce discours gagne en influence au moment où les dommages causés par l’inflation et la crise énergétique commencent à se faire sentir au sein de l’Union européenne (UE). Il est largement nourri par le manque de fiabilité des statistiques disponibles depuis que le Kremlin a cessé de publier des chiffres actualisés et vérifiables au profit de données lacunaires et largement manipulées.

Prétendre que les sanctions seraient inopérantes n’est pas seulement faux. C’est surtout donner crédit au récit distillé par la propagande russe, qui n’a qu’un objectif : casser l’unité occidentale pour tenter de desserrer l’étau qui menace son économie d’asphyxie. L’utilisation ces derniers jours de l’arme gazière pour plonger les démocraties européennes dans l’incertitude et la peur de la pénurie n’a pas d’autre but. Il s’agit à tout prix de stopper une descente aux enfers qui, sans un hypothétique revirement des dirigeants occidentaux, paraît inéluctable.

La 11e économie mondiale

Certes, le délitement est plus lent qu’anticipé. Entre une faible dette extérieure et des réserves de change abondantes, il était naïf de croire que la 11e économie mondiale allait s’effondrer comme un château de cartes. Au début de la guerre, le recul du PIB était estimé à 15 %. Finalement, la récession devrait être deux fois moins forte. Quand bien même. L’ampleur reste équivalente à celle enregistrée par la zone euro en 2020, à l’apparition de la crise pandémique. Mais, cette fois, la Russie n’a déployé ni « quoi qu’il en coûte » ni plan massif de chômage partiel pour amortir le choc.

Sergei Guriev, directeur de la formation et de la recherche de Sciences Po et ex-conseiller économique du gouvernement russe réfugié en France, souligne qu’à la veille de la guerre, la Russie tablait encore sur une croissance de 3 %. Les sanctions ont donc contribué à un recul de l’économie de 9 points. Seule l’envolée des prix du pétrole, qui représente un tiers du PIB, la moitié des recettes fiscales et les deux tiers des exportations, a permis de limiter la casse. « Mais avec les prix actuels du baril, sans les sanctions, le potentiel de croissance de l’économie russe devrait être autour de 7 % », souligne M. Guriev.

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via LeMonde

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