La Russie obtient la limitation de l’aide humanitaire en Syrie

Les quatre jours supplémentaires de négociation n’auront pas fait fléchir Moscou au Conseil de sécurité : le mécanisme permettant aux Nations unies d’alimenter la Syrie en aide humanitaire depuis le poste-frontière turc de Bab Al-Hawa n’a été renouvelé, mardi 12 juillet, que pour une durée limitée de six mois, ainsi que le souhaitait la délégation russe. La possibilité d’une prolongation au-delà n’est en rien garantie et devra faire l’objet de nouvelles négociations. C’était là le but de la Russie, qui avait mis son veto à un renouvellement pour une durée d’un an, vendredi 8 juillet, contraignant à la reprise des tractations.

Créé en 2014, le mécanisme transfrontalier mis au point par l’ONU et concerné par ces négociations – interrompu dimanche dans l’attente d’un renouvellement – permet d’acheminer de l’aide humanitaire sans l’autorisation du pouvoir syrien dans la région d’Idlib (nord-ouest), dernière poche échappant à Damas, avec une forte concentration de population démunie et sous contrôle de divers groupes djihadistes et rebelles. « Le vote de ce matin montre ce qui se passe lorsqu’un des membres du Conseil prend l’ensemble du Conseil de sécurité en otage, avec les vies des hommes, femmes et enfants syriens dans la balance », a dénoncé Richard Mills, l’ambassadeur adjoint américain à l’ONU.

Le texte de la résolution finale correspond à la proposition russe d’origine, au détail près qu’un rapport d’évaluation sera demandé au secrétaire général de l’ONU dans un intervalle de six mois, pour déterminer si le prolongement d’une deuxième période équivalente est justifié. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France se sont abstenus, une façon de montrer leur désapprobation sans bloquer le renouvellement du passage de l’aide.

Bras de fer diplomatique

« La France ne se satisfait pas d’un renouvellement précaire, pour seulement six mois, expirant au creux de l’hiver, au moment où l’aide est la plus indispensable, et sans garantie ferme de reconduction, a expliqué l’ambassadeur français Nicolas de Rivière. L’appel du secrétaire général et de l’ensemble de la communauté humanitaire à renouveler ce mécanisme pour douze mois était pourtant clair ; il a été ignoré. Ce Conseil n’est donc pas à la hauteur de ses responsabilités. »

Malgré le cynisme de la négociation, c’est une victoire pour la Russie : votant favorablement aux côtés de douze autres pays, elle s’est de facto montrée moins isolée que vendredi 8 juillet – elle avait alors agité seule son veto, sans être soutenue par la Chine, contrairement à d’habitude. Ces votes de renouvellement sont devenus des affrontements emblématiques au sein du Conseil depuis décembre 2019, opposant Moscou et Pékin aux treize autres membres. Ce dispositif, fournissant de l’aide à 3,7 millions de Syriens coincés dans la région d’Idlib qui échappe au contrôle de Bachar Al-Assad, est le plus important que l’ONU ait jamais contrôlé.

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via LeMonde

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