La Russie prête à une coopération prudente avec les talibans

Des combattants talibans prennent le contrôle du palais présidentiel après la fuite du président afghan, Ashraf Ghani, à Kaboul, le 15 août 2021.

Ni évacuation chaotique ni repli sur l’aéroport de Kaboul : l’ambassade russe en Afghanistan affiche sa sérénité en choisissant l’immobilité. Après la chute de la capitale afghane, Moscou ne prévoit de rapatrier qu’une poignée de diplomates, sur les quelque cent personnes qui composent son personnel.

Immédiatement après leur entrée dans Kaboul, dimanche 15 août, les talibans ont pris position autour du bâtiment de l’ambassade, remplaçant les forces de sécurité afghanes chargées de sa protection. « Ils nous ont une nouvelle fois garanti qu’ils ne toucheraient pas à un cheveu d’un diplomate russe », a précisé à la télévision russe l’ambassadeur, Dmitri Jirnov.

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A la radio Echo de Moscou, ce dernier assurait même que la situation sécuritaire à Kaboul était « meilleure » sous les talibans que sous le règne du président Ashraf Ghani, désormais en fuite. Selon lui, les Afghans n’ont « aucune raison » de chercher à partir. L’ambassadeur devait rencontrer mardi le coordinateur pour la sécurité des talibans.

Dès juillet, lors de la dernière d’une série de visites à Moscou des représentants talibans, la partie russe avait obtenu des garanties quant à la sécurité de son personnel diplomatique. Il s’agit désormais de discuter des dispositions à prendre « sur le long terme », a ajouté M. Jirnov.

L’emploi même de l’expression contraste avec le sentiment d’urgence qui se manifeste dans les chancelleries occidentales. « Ce n’est pas pour rien que depuis sept ans nous avons des contacts avec le mouvement taliban », a commenté avec une pointe de jubilation l’émissaire du Kremlin pour l’Afghanistan, Zamir Kaboulov, reconnaissant toutefois avoir été surpris par la vitesse à laquelle le pouvoir afghan s’est écroulé.

Saut dans l’inconnu

La satisfaction russe n’est guère surprenante. Le catastrophique retrait américain résonne comme un lointain écho à la débâcle soviétique en Afghanistan, achevée en 1989 après dix ans de guerre contre les moudjahidine. « Pour les élites russes, l’épisode a aussi une portée plus globale, note Maxime Soutchkov, chercheur non-résident au Middle East Institute. C’est un rappel à des pays comme l’Ukraine ou la Géorgie, qui cherchent désespérément à maintenir leur alliance avec les Etats-Unis, que leurs besoins, y compris dans le domaine sécuritaire, ne seront jamais plus importants que les questions de politique intérieure américaine. »

Pour autant, la nouvelle donne afghane reste synonyme de saut dans l’inconnu et d’inquiétudes importantes pour Moscou. Si elle se veut pragmatique, l’approche russe reste prudente. Malgré les contacts réguliers de ces derniers mois entre diplomates russes et représentants talibans, le mouvement est toujours considéré par Moscou comme « terroriste », et ce depuis 2003. Zamir Kaboulov, l’homme du Kremlin, a encore rappelé lundi que la Russie n’allait « pas se presser » avant de reconnaître les nouvelles autorités afghanes, attendant de voir « comment celles-ci allaient se comporter ».

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via LeMonde

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