La Suisse traîne le pas dans la traque aux avoirs des oligarques russes


Le financier et militant politique anglo-américain Bill Browder, à Londres, le 2 mars 2022.

C’est un chiffre mirobolant, qui affole les esprits. Le montant du magot des oligarques russes mis à l’abri en Suisse oscille entre 150 et 200 milliards de francs suisses (143 et 190 milliards d’euros), dépôts et actifs mélangés, selon l’Association suisse des banquiers. « Si les banquiers suisses le reconnaissent, alors on peut facilement doubler le montant », a asséné le banquier anglo-américain Bill Browder, qui traque depuis une décennie les turpitudes financières du Kremlin et de ses affidés, après qu’il a été spolié en Russie et que son avocat russe, Sergueï Magnitski, est mort en prison à Moscou. L’homme intervenait la semaine dernière devant une commission du Congrès américain qui cherche à éclaircir le rôle de la Suisse, « connue depuis longtemps comme une destination pour les criminels de guerre et les kleptocrates pour cacher leur butin, et alliée de premier plan du dictateur russe Vladimir Poutine et de ses acolytes ».

Les échanges n’ont pas tardé à se transformer en acte d’accusation de la mauvaise volonté supposée de Berne dans l’application des sanctions contre la Russie. Seuls 7,5 milliards de francs suisses (7,15 milliards d’euros) ont été gelés jusqu’ici. « Il y a quelque chose de sérieusement pourri en Suisse », a tonné Bill Browder. A Berne, le Conseil fédéral (gouvernement) a aussitôt dénoncé des « allégations politiquement inacceptables », tandis que le président en exercice, le ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis, a fait savoir au département d’Etat américain son « indignation ». Selon le porte-parole du gouvernement, André Simonazzi, la Suisse applique les normes internationales contre le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale.

« Jeu de cartes des oligarques en Suisse »

La mise au ban de la Russie par la communauté internationale a provoqué un réalignement brutal des rapports de force, y compris financiers, auquel la Suisse n’était pas préparée. Ces derniers jours, des voix commencent à monter pour exiger de l’exécutif qu’il passe à la vitesse supérieure et prenne conscience de l’importance du moment.

« Nos autorités agissent comme si elles voulaient préserver la relation entre la place financière suisse et les grandes fortunes russes, car un jour la guerre sera terminée, et il serait dommage de se priver de cette filière qui a tant rapporté. Le ministère de l’économie, par exemple, n’a pas mis sur pied de structure particulière pour identifier les fonds russes, et ne participe pas aux efforts de Washington et de l’UE », explique le député vert genevois Nicolas Walder, membre de la commission des affaires étrangères du Parlement.

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via LeMonde

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