La Transnistrie, enclave prorusse inflammable

Déjà fermé depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, le poste-frontière de Permovaysk a pris l’allure d’un camp retranché. Le 3 mai, un mur de blocs de béton suivi d’une deuxième ligne de sacs de sable, a condamné tout passage sur le pont menant vers le territoire ukrainien depuis la Transnistrie.

L’enclave prorusse nourrit les craintes de Kiev et de ses alliés occidentaux sur l’ouverture d’un nouveau front qui permettrait aux forces russes de prendre le contrôle de tout le sud de l’Ukraine sur un arc allant d’Est en Ouest. S’exprimant mardi 10 mai à Washington devant le Sénat, la cheffe du renseignement américain, Avril Haines estimait ainsi que Vladimir Poutine, reste « déterminé à mener la guerre au-delà du Donbass, jusqu’en Transnistrie ».

Jusqu’ici, cette étroite bande de terre, d’une superficie comparable à celle du département des Pyrénées-Orientales, n’attirait plus guère l’attention. Née d’une scission violente avec la Moldavie dont elle a amputé 10 % du territoire, sur la rive gauche du Dniestr, à l’issue d’une guerre fratricide – de 1990 à 1992 – qui a fait plusieurs centaines de morts et plus de 100 000 déplacés, la Transnistrie avait fini par entrer dans la catégorie des conflits post-soviétique dits « gelés ». Lequel s’est brusquement réchauffé.

Sa proximité avec Odessa, la grande ville portuaire ukrainienne de la mer Noire, en fait un enjeu stratégique pour le Kremlin qui dispose déjà, sur place, d’un contingent de 1 500 militaires. Héritier de la 14armée soviétique, il fait partie du Groupement opérationnel des forces russes en Transnistrie (GOTRT) rattaché au commandement Sud qui contrôle aussi le Donbass et la Crimée – en plus du Caucase. Une présence permanente, instaurée à la fin de la guerre entre frères ennemis moldaves. L’enclave séparatiste autoproclamée indépendante n’est reconnue par aucune capitale étrangère, pas même par Moscou. Nul besoin : depuis trente ans, la Transnistrie est un protectorat russe.

La pression monte

En mars 2006, un référendum organisé dans l’enclave autour de deux questions, pour l’indépendance ou le rattachement à la Russie – la réunification avec la Moldavie n’était même pas envisagée – s’était conclu par un score « écrasant » de 97,1 % en faveur de la seconde option, sans qu’il ne se passe rien. Huit ans plus tard, en mars 2014, au lendemain de l’annexion de la Crimée par la Russie, le gouvernement de Transnistrie avait déclaré vouloir rejoindre la Fédération de Russie. Sans autre conséquence que cette déclaration d’allégeance. A quoi bon en rajouter ?

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via LeMonde

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