La visite du prince héritier saoudien « MBS » à l’Elysée suscite la colère des défenseurs des droits de l’homme


Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, à Athènes, le 26 juillet 2022.

L’entente entre le royaume et la France ne passe pas inaperçue. Pour sa première visite en Europe depuis l’assassinat en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi, Mohammed Ben Salman dîne, jeudi 28 juillet, avec Emmanuel Macron, suscitant la colère des défenseurs des droits de l’homme.

Cette venue en France est « une honte », a ainsi réagi sur Franceinfo Abdullah Alaoudh, directeur pour la région du Golfe de l’organisation Democracy for the Arab World Now, une organisation de défense des droits de l’homme américaine, dont Jamal Khashoggi avait eu l’idée, peu avant son assassinat. « Nous pensons que MBS cherche à blanchir ses crimes. Il a soutenu les leaders de la guerre en Libye et ailleurs, et qui a arrêté tant d’activistes, de défenseurs pacifiques et d’humoristes en Arabie saoudite », a-t-il souligné.

« Il y a vraiment une réhabilitation au niveau international de MBS. Et cet individu, c’est un meurtrier », a accusé Agnes Callamard, la secrétaire générale de l’ONG Amnesty International, sur France Inter. Cette dernière avait mené une enquête sur l’assassinat de Jamal Khashoggi, chroniqueur du Washington Post et critique du pouvoir saoudien, lorsqu’elle était rapporteure spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires.

L’ancien candidat écologiste à la présidentielle, Yannick Jadot, a également dénoncé sur Twitter la visite à l’Elysée du prince héritier saoudien. « Au menu du dîner entre Emmanuel Macron et MBS le corps démembré du journaliste Khashoggi ? Le chaos climatique ? La paix et les droits humains ? Le jour du dépassement ? Non ! Du pétrole et des armes ! L’exact opposé de ce qu’il faut faire ! », a critiqué l’eurodéputé Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Julien Bayou, secrétaire national EELV, a, lui, déclaré être « choqué qu’on puisse accueillir un dictateur étranger avec les honneurs ».

« Je crois qu’il est important que le président de la République française puisse recevoir un certain nombre de ceux qui sont de facto ses interlocuteurs (…) d’autant plus dans le contexte que l’on connaît, lié à la crise ukrainienne et aux enjeux énergétiques majeurs que nous avons », a plaidé au contraire sur Franceinfo la présidente du groupe Renaissance (ex-La République en marche) à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé. La députée a ajouté :

« Discuter avec l’ensemble des pays du Golfe me paraît une nécessité absolue, ça ne veut pas dire que vous oubliez les sujets (…) qui sont essentiels en termes de valeurs et de droits de l’homme, mais vous avez la nécessité d’entretenir évidemment un dialogue. On a besoin aussi de continuer à avoir un dialogue approfondi avec l’ensemble des pays du Golfe, et vous devez le faire, y compris évidemment avec le président saoudien. »

Plainte pour complicité de torture et de disparition forcée

Cette visite de Mohammed Ben Salman, dit « MBS », qui intervient après celle d’Emmanuel Macron à Jeddah, en Arabie saoudite, en décembre, ne signifie pas que ses soucis, liés à l’affaire Khashoggi, sont terminés. Preuve en est la plainte qui a été déposée contre lui, jeudi matin, devant le doyen des juges d’instruction du tribunal judiciaire de Paris, pour complicité de torture et de disparition forcée.

L’initiative émane de deux ONG étrangères qui se sont constituées partie civile : Democracy for the Arab World Now (DAWN)  ; et Trial International, une organisation suisse qui lutte contre l’impunité des auteurs de crimes les plus graves. La fondation Open Society Justice Initiative, attachée à la défense du droit international, s’est associée à la démarche des deux ONG.

Ce déplacement en France marque toutefois le retour du prince héritier, qui a accueilli il y a deux semaines le président Joe Biden en Arabie saoudite, sur la scène internationale : « MBS » avait été banni par les pays occidentaux, après le meurtre en 2018 du journaliste saoudien critique Jamal Khashoggi au consulat de son pays à Istanbul. Le prince héritier dément avoir ordonné l’assassinat même s’il dit en porter la responsabilité en tant que dirigeant.

Le contexte de la guerre en Ukraine et de l’envolée des prix de l’énergie a aussi incité les pays occidentaux à revoir leurs relations avec l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, qu’ils cherchent à convaincre d’ouvrir les vannes afin de soulager les marchés.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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