« L’aide internationale doit être rapide en Ukraine, avant l’été, car les bénévoles s’épuisent »

Comme tous ceux qui ont pu voyager récemment en Ukraine, une des réalités les plus remarquables que nous avons observées est la force de la mobilisation populaire contre l’invasion russe. Des milliers d’associations de bénévoles, parfois sans statut légal, contribuent à la résilience d’une société soumise à un traumatisme sans équivalent depuis la seconde guerre mondiale.

La mobilisation très large de la société ressuscite et élargit les mobilisations de 2004 (« révolution orange ») et, surtout, de 2014 (Euromaïdan), qui ont ancré l’Ukraine dans un projet démocratique et européen. Mais, par rapport à 2014, on constate une transformation profonde du rapport aux institutions : alors que les mobilisations de 2014 étaient d’abord une réaction face à l’incurie de l’Etat, celles de 2022 sont l’expression d’un soutien positif à ces dernières, à commencer par l’armée.

De plus, la mobilisation aujourd’hui est à la mesure du risque existentiel ressenti par la population, alimentée par les propos radicaux des idéologues du Kremlin et la russification rapide des territoires occupés. L’invasion russe a eu pour premier effet de souder la nation ukrainienne ; les régions divisées par rapport à Euromaïdan, comme Kharkiv, Odessa ou Dnipro, sont désormais tout aussi mobilisées que Lviv ou Kiev.

Les groupes de bénévoles, dont certains remontent à 2014, se sont multipliés depuis le 24 février avec un afflux de citoyens de tous âges et de toutes conditions sociales. Si des associations formées dès 2014 comme Proliska ou Vostok-SOS ont une structure nationale et montrent un réel professionnalisme, des habitants d’un même quartier, des jeunes entrepreneurs, des fonctionnaires, des églises, des artistes se sont investis de façon improvisée dans le bénévolat depuis l’invasion de février. Quel est le modèle d’organisation de ces réseaux ? En pratique, tous nos interlocuteurs décrivent des processus « horizontaux » et une grande informalité qui contraste avec la relative lourdeur de l’administration ukrainienne. En conséquence, l’observateur se trouve parfois désarmé face à une multitude d’organisations, où les relations interpersonnelles sont plus importantes que les règles bureaucratiques.

Evacuation des civils

La rapidité de réaction des réseaux de bénévoles est mise en avant comme leur principal avantage, ainsi qu’une connaissance intime du terrain qui leur permet de toucher l’ensemble de la société. Leur souplesse permet de ravitailler dans l’urgence des familles ou des hôpitaux situés dans les zones de combats, voire dans les zones occupées. L’évacuation des civils des zones les plus menacées est un domaine où ces groupes ont effectué un travail irremplaçable. Par exemple, les églises protestantes de Sloviansk (Donbass) envoient régulièrement des minibus jusqu’à Severodonetsk (sur la ligne de front) pour évacuer les civils pris sous les bombardements. De plus, les initiatives des bénévoles sont nécessaires pour le transit des déplacés avec l’ouverture de centres d’accueil. Ainsi, à Dnipro, les déplacés représentent un flux quotidien de 10 000 à 15 000 personnes à qui il faut procurer un logement et une assistance médicale, alimentaire et psychologique, ce que les ressources de la municipalité ne permettent pas. Les bénévoles jouent enfin un rôle-clé dans la distribution rapide de la nourriture et de l’aide médicale aux individus isolés, pauvres, incapables de se déplacer.

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via LeMonde

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