L’Algérie « revoit » ses relations avec le Maroc, accusé d’être impliqué dans les incendies en Kabylie

De la fumée s’échappe des feux de forêt face au monument des martyrs de la commune de Yatafen, en Algérie, le 13 août 2021.

C’est une nouvelle escalade dans la grave crise diplomatique qui oppose les deux pays voisins du Maghreb : mercredi 18 août, l’Algérie a décidé de « revoir » ses relations avec le Maroc, accusé d’être impliqué dans les incendies meurtriers qui ont ravagé le nord du pays. « Les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie ont nécessité la révision des relations entre les deux pays et l’intensification des contrôles sécuritaires aux frontières ouest », a indiqué un communiqué de la présidence algérienne, sans autre précision. Rabat n’avait pas réagi en fin de soirée.

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Cette décision a été prise lors d’une réunion extraordinaire du Haut Conseil de sécurité algérien présidée par le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, et consacrée à l’évaluation de la situation après les gigantesques feux de forêt qui ont fait au moins 90 morts dans le nord du pays. Selon le président Tebboune, la plupart de ces incendies étaient d’origine « criminelle » – sans que ne soit présentée jusqu’à présent la moindre preuve. L’enquête a permis de « découvrir qu’un réseau criminel classé comme organisation terroriste » est derrière les incendies, « de l’aveu de ses membres arrêtés », selon la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).

Un homme lynché, 61 suspects arrêtés

Au-delà des pertes humaines et matérielles – et des carences des pouvoirs publics mises en lumière lors de ces incendies –, les Algériens ont été profondément choqués par le lynchage et l’immolation d’un homme accusé à tort de pyromanie en Kabylie, région berbérophone du nord-est du pays ravagée par les feux. Soixante-et-un suspects ont été arrêtés depuis le meurtre de Djamel Bensmaïl, le 11 août. Les dirigeants algériens ont accusé le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), une organisation indépendantiste, d’être responsable des incendies et de la mort ignominieuse du jeune homme.

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« Le Haut Conseil de sécurité a décidé […] d’intensifier les efforts des services de sécurité pour l’arrestation du reste des individus impliqués dans les deux crimes, ainsi que tous les membres des deux mouvements terroristes qui menacent la sécurité publique et l’unité nationale, jusqu’à leur éradication totale, notamment le MAK, qui reçoit le soutien et l’aide de parties étrangères, en tête desquelles le Maroc et l’entité sioniste [Israël] », selon la présidence algérienne. Basé à Paris, le MAK, interrogé par l’AFP, a rejeté ces allégations. Certains des suspects arrêtés ont confessé appartenir à ce mouvement, selon des aveux filmés et diffusés par les télévisions algériennes.

Alger a également mis en cause le mouvement islamo-conservateur Rachad, établi à Londres. Ces deux mouvements, bêtes noires du pouvoir algérien, sont illégaux en Algérie, où ils ont été classés comme « organisations terroristes » le 18 mai. « Assisterons-nous à une chasse à l’homme ? La Ligue algérienne de défense des droits de l’homme [LADDH] appelle à la retenue, la clairvoyance et la sagesse », s’est inquiété son vice-président, Saïd Salhi, dans un communiqué reçu par l’AFP.

Indépendantistes kabyles et sahraouis

Cet épisode consacre une nouvelle dégradation des relations conflictuelles entre Alger et Rabat, dont la frontière commune est officiellement fermée depuis le 16 août 1994. Il y a un mois jour pour jour, Alger rappelait son ambassadeur à Rabat pour « consultations avec effet immédiat », suite à « la dérive de la représentation diplomatique marocaine à New York, qui a distribué une note officielle aux pays membres du mouvement des non-alignés dans laquelle le Maroc “soutient publiquement et explicitement un prétendu droit à l’autodétermination du peuple kabyle” », avait expliqué le ministère algérien des affaires étrangères.

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Durant une réunion du mouvement des non-alignés, les 13 et 14 juillet à New York, l’ambassadeur du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, avait fait passer une note dans laquelle il estimait que « le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ». Une ligne rouge pour Alger, qui s’oppose à toute velléité indépendantiste de la Kabylie. Le diplomate marocain avait exprimé son soutien au séparatisme kabyle en réaction à l’appui apporté par Alger aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario, qui combattent le Maroc.

Traditionnellement difficiles, les relations entre Alger et Rabat ont en effet connu une récente dégradation en raison de l’épineux dossier du Sahara occidental. La normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, en contrepartie d’une reconnaissance américaine de la « souveraineté » marocaine sur ce territoire, a encore avivé les tensions avec l’Algérie, qui a dénoncé des « manœuvres étrangères » visant à la déstabiliser. De son côté, le Maroc considère l’Algérie comme « une partie prenante réelle du conflit » au Sahara occidental.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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