« L’argent du contribuable européen ne peut-être versé à un pays qui ne respecte pas les valeurs démocratiques »

Jean Asselborn, le ministre luxembourgeois des affaires étrangères, au Conseil européen à Bruxelles, le 12 juillet 2021.

Le socialiste luxembourgeois Jean Asselborn, 72 ans, est ministre des affaires étrangères de son pays depuis 2004. Vétéran des conseils européens, il en est aussi l’un des membres les plus écoutés.

Que vous inspirent les révélations sur l’affaire Pegasus et l’espionnage de dirigeants et de journalistes, notamment par la Hongrie ?

Ce scandale indique au moins que l’Union européenne va devoir réagir. Au plan juridique, et sans doute technique, même si des questions quant à nos capacités réelles sont posées. A mon niveau, j’ai immédiatement écrit à sept holdings et deux filiales basées à Luxembourg, associées de près ou de loin à la société NSO Group, pour leur dire que nous ne tolérons aucune atteinte aux droits de l’homme. Et nous plaidons pour des dispositions européennes, ou à défaut nationales, imposant la vigilance aux entreprises. Quant à l’implication de la Hongrie, elle pose évidemment d’autres questions…

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Celle de la place de ce pays dans l’Union ?

Le premier ministre Viktor Orban veut organiser un référendum sur sa loi assimilant l’homosexualité et la pédophilie. C’est une nouvelle stigmatisation, à visée électoraliste, d’une minorité, comme il l’a fait avec les migrants en 2016. Accepte-t-on, dans l’Union, cette façon d’agir ? On commettrait, à mes yeux, une faute politique grave en n’usant pas des leviers financiers à notre disposition. La Commission semble vouloir agir en ce sens, des dirigeants comme Mark Rutte ont récemment élevé la voix, j’espère que Mme Merkel et M. Macron ne laisseront pas passer ces nouveaux écarts. Les 7,2 milliards d’argent du contribuable européen ne peuvent être versés à un pays qui ne continue pas de respecter les valeurs démocratiques et remet en cause l’intégration européenne. Jamais un dirigeant ne s’en est pris d’une telle façon aux fondements mêmes de notre union.

Vous sous-entendez donc que l’exclusion de la Hongrie est envisageable, on vous rétorquera que vous risquez de pénaliser aussi les Hongrois hostiles à M. Orban…

Le gouvernement est une émanation d’une élection, c’est donc le peuple, et lui seul, qui peut modifier le cours des choses. Je ne veux pas l’éjecter, mais lui dire qu’il a son propre sort entre les mains.

M. Orban a, au moins, l’appui d’un grand pays, la Pologne…

Tout a changé en 2015, lors du débat sur les relocalisations de migrants. Depuis lors, des pays, divisés par exemple à propos de la relation avec la Russie, se sont retrouvés sur l’idée d’affaiblir l’Europe. Le 3 août pourrait, je le souligne, être une journée décisive pour l’avenir de l’UE avec la décision de la Cour constitutionnelle polonaise appelée à se prononcer sur la prééminence, ou non, des décisions de la Cour de justice de l’Union sur celles des tribunaux polonais. Depuis mes études de droit à Nancy, je sais que le droit international prime sur le droit national. Si le principe était remis en cause, ce serait d’une extrême gravité.

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via LeMonde

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