L’armée birmane cherche à s’allier les guérillas des ethnies minoritaires

Une personne tient une photo du chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing, le visage barré, lors d’un rassemblement pour protester contre le coup d’Etat militaire et demander la libération d’Aung San Suu Kyi, à Yangon, en Birmanie, le 8 février 2021.

« Parvenir à la paix éternelle de toutes les façons possibles. » Au lendemain du coup d’Etat du 1er février, c’est ce qu’a promis aux Birmans et aux ethnies minoritaires le général putschiste Min Aung Hlaing. Le but de la manœuvre est limpide : les militaires au pouvoir veulent démontrer qu’ils peuvent réussir là où le gouvernement renversé de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) a échoué. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2015, l’ancienne dirigeante Aung San Suu Kyi s’est montrée incapable de pacifier les régions insurgées et de gagner la confiance des guérillas ethniques, assurance qui était pourtant l’un de ses objectifs prioritaires.

Lire le portrait : Min Aung Hlaing, le nouvel homme fort de la Birmanie : un général sans charisme et juriste pointilleux

Pour l’instant, cet appel du pied de la part du nouveau pouvoir n’a pas eu d’effets chez les chefs de guerre. Au contraire, plusieurs porte-parole de mouvements armés ont officiellement condamné le coup d’Etat.

« L’armée va sans doute essayer de leur tendre la main, mais c’est mal parti », relève un fonctionnaire international en poste à Rangoun. Quelques caciques de partis des minorités ont cependant accepté de jouer le jeu du nouveau règne : sur les seize membres du Conseil d’administration de l’Etat (CAS), la nouvelle dénomination du pouvoir militaire, six sont issus des minorités. Par défiance à l’égard du gouvernement renversé, ils ont fait le pari d’une collaboration avec le nouveau régime.

Nation en perpétuel devenir

La promesse du numéro un birman résonne comme une vieille antienne. Dans ce pays où les combats entre l’armée régulière et la vingtaine de guérillas des minorités turbulentes n’ont quasiment jamais cessé, l’armée a toujours pratiqué la vieille stratégie coloniale du « Divide and rule » − le « diviser pour mieux régner » des Britanniques de l’Empire des Indes, auquel la Birmanie fut un temps rattachée. Sur les 54 millions de Birmans, 30 % appartiennent aux 135 minorités répertoriées.

Le nom officiel de la Birmanie − la République de l’Union de Myanmar − a du mal à cacher une réalité aussi ancienne que la République elle-même : l’« Union » est une désunion

Souvent, au cours des sept décennies d’indépendance, les généraux de la Tatmadaw (les forces armées birmanes) ont passé des accords de cessez-le-feu avec les mouvements insurrectionnels et négocié des trêves de plus ou moins longue durée avec leurs groupes combattants. Avant que, à l’initiative de l’une ou l’autre des parties en présence − souvent à la suite de provocations de la Tatmadaw −, les affrontements ne reprennent.

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via LeMonde

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