L’armée britannique accusée de crimes de guerre en Afghanistan

Ils sont censés être l’élite de l’armée britannique. Pourtant, une unité des Special Air Service (SAS), les forces spéciales britanniques, a tué une cinquantaine d’Afghans dans des circonstances suspectes, rapporte la BBC, mardi 12 juillet.

L’enquête a permis d’identifier cinquante-quatre personnes tuées par balle dans des circonstances suspectes par une unité des SAS, entre novembre 2010 et mai 2011, dans la province d’Helmand. Ces Afghans non armés ont été tués « de sang-froid » par les SAS lors de raids nocturnes et des armes ont ensuite été disposées sur leurs cadavres pour justifier ces crimes, rapporte la chaîne britannique à l’issue d’une enquête de quatre ans.

De hauts responsables, dont le général Mark Carleton-Smith, qui dirigeait les forces spéciales britanniques à l’époque, étaient au courant des inquiétudes que suscitaient ces opérations au sein des SAS mais n’en ont pas informé la police militaire, selon la BBC.

Selon la loi britannique qui régit les forces armées, le fait pour un commandant de ne pas informer la police militaire s’il a connaissance de crimes de guerre potentiels constitue une infraction pénale, notent nos confrères. M. Carleton-Smith, parti à la retraite le mois dernier après avoir dirigé l’ensemble de l’armée britannique, a décliné tout commentaire auprès de la BBC, dont l’enquête s’appuie sur des documents judiciaires, des e-mails ayant fuité et sur le travail de terrain de ses journalistes en Afghanistan.

Le ministère de la défense a affirmé qu’il manquait de preuves pour entamer des poursuites. « Aucune nouvelle preuve n’a été présentée, mais la police étudiera toute allégation si de nouvelles preuves sont mises en lumière », a-t-il dit dans un communiqué à la chaîne.

Entraves à l’enquête de la police militaire

« Trop de gens étaient tués lors de raids nocturnes et les explications n’avaient pas de sens. Quand quelqu’un est détenu, il ne doit pas finir tué, a réagi un responsable militaire auprès de la BBC. C’était clair à l’époque que quelque chose n’allait pas. »

Plusieurs avertissements sont remontés, selon la BBC, mais le commando a été autorisé à finir sa mission et a même été déployé pour une autre mission en 2012. En 2014, la Royal Military Police (RMP) a lancé une enquête sur plus de six cents infractions présumées commises par les forces britanniques en Afghanistan, dont les SAS. Ses enquêteurs ont affirmé qu’ils avaient été « entravés » par l’armée et l’enquête a pris fin en 2019.

Selon la BBC, James Heappey, le ministre des forces armées a déclaré devant la Chambre des communes : « Personne dans notre organisation, aussi spécial soit-il, ne bénéficie d’une dérogation à la loi. » Les élus travaillistes ont demandé une enquête. Un porte-parole du ministère de la défense a déclaré que les forces britanniques avaient « servi avec courage et professionnalisme » en Afghanistan et qu’elles étaient tenues de respecter les « normes les plus élevées ».

Les forces britanniques ont été déployées en Afghanistan dans le cadre d’une coalition internationale dirigée par l’OTAN après les attentats du 11-Septembre. Des milliers de soldats britanniques ont été envoyés au Helmand à partir de 2006 pour tenter d’assurer la sécurité des projets de reconstruction. Leur mission est rapidement devenue une opération de combat.

Le Monde avec AP et AFP

via LeMonde

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