Le calendrier électoral du président tunisien critiqué par ses opposants mais salué par Washington

Le président tunisien Kaïs Saïed s’est attiré un déluge de critiques après sa décision de prolonger d’un an le gel du Parlement, annoncée lundi 13 décembre. Ses opposants ont dénoncé une nouvelle dérive autoritaire à trois jours du 11e anniversaire de la révolte ayant renversé la dictature.

Quatre mois et demi après avoir suspendu le 25 juillet le Parlement dominé par le parti d’inspiration islamiste Ennahda, sa bête noire, M. Saïed a procédé lundi à une dissolution qui ne dit pas son nom de l’Assemblée des représentants du peuple en prolongeant son gel jusqu’au nouveau scrutin législatif dont il a fixé la date au 17 décembre 2022.

Le chef de l’Etat a aussi annoncé dans son discours un référendum pour le 25 juillet 2022 sur des amendements de la Constitution, qu’il veut plus présidentielle, et de la loi électorale qui régira les législatives.

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Si M. Saïed, qui se targue d’un important soutien au sein d’une opinion publique exaspérée par les blocages et la corruption, conçoit le calendrier dévoilé lundi comme une feuille de route pour tourner la page de la crise, ses opposants l’accusent de chercher à prolonger la période de pleins pouvoirs qu’il s’est arrogés. « Son discours peut se résumer ainsi : je suis l’Etat, je suis le président, je suis le gouvernement, je suis la justice, je suis la Commission électorale, je suis le peuple, je suis le prophète infaillible », a réagi sur sa page Facebook le député d’opposition Hichem Ajbouni.

M. Saïed a fait savoir que les amendements qu’il entend soumettre à référendum seraient la synthèse de propositions élaborées à la faveur de « consultations populaires » à mener à partir du 1er janvier sur des plateformes électroniques dédiées.

Pour le député Samir Dilou, ex-membre d’Ennahda, « Saïed va lancer un référendum électronique susceptible de faire de la Tunisie un objet de risée ». Son discours « traduit l’état de déni dans lequel il vit et son refus d’écouter qui que ce soit », a-t-il ajouté dans une interview au quotidien Assabah.

« Pas de chèque en blanc »

Le président Kaïs Saïed « semble déterminé à mener à bien son projet politique, faisant fi des pressions à la maison et de l’étranger », a dit à l’AFP l’analyste Slaheddine Jourchi : « Il essaie de couper l’herbe sous le pied de ses opposants en annonçant un calendrier avec des dates précises. »

Son discours est intervenu en effet quelques jours avant des manifestations prévues par ses opposants, mais aussi ses partisans, le 17 décembre, jour de célébration du 11e anniversaire de la révolte qui a chassé du pouvoir Zine El-Abidine Ben Ali et donné le coup d’envoi au Printemps arabe. « Le gros problème réside dans le fait qu’il va continuer à gouverner par décrets. Son conflit politique avec ses opposants va s’aggraver », selon M. Jourchi.

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Le discours présidentiel a suscité des réactions mitigées dans la rue. « C’est important de mettre les choses sur la voie constitutionnelle et juridique et de les lier à un calendrier. Mais concernant les sujets actuels comme l’emploi, la pauvreté, la marginalisation et la poursuite en justice de ceux qui ont commis des crimes contre le pays, son discours en est encore loin », a confié à l’AFP Nizar Ben Ahmida, un professeur de 37 ans. « J’ai retenu le fait qu’il y aura des élections le 17 décembre 2022. Je pense que c’est trop loin. Il est en train de gagner du temps », a estimé un autre Tunisois, Nidhal, 35 ans.

Le chef de la puissante centrale syndicale tunisienne UGTT, Noureddine Taboubi, a relevé devant la presse que le discours de M. Saïed était « dépourvu de vision pour les orientations économiques et sociales ». Et d’ajouter : « Nous avons soutenu ses annonces du 25 juillet, mais nous ne lui avons pas donné un chèque en blanc ».

Les Etats-Unis ont en revanche salué, mardi, l’annonce du président tunisien Kais Saied d’un nouveau scrutin législatif pour décembre 2022. « Nous accueillons favorablement l’annonce du président Saïed d’un calendrier prévoyant une voie vers la réforme politique et des élections parlementaires », a affirmé le porte-parole du département d’Etat Ned Price dans un communiqué : « Nous espérons un processus de réforme qui sera transparent et inclusif de la diversité des voix politiques et de la société civile. »

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Le Monde avec AFP

via LeMonde

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