Le Cambodge condamne à de la prison une trentaine de militants et de responsables politiques


L’avocate américano-cambodgienne Theary Seng se tient déguisée en statue de la Liberté devant le tribunal municipal de Phnom Penh, le mardi 14 juin 2022.

Trente et un militants et responsables politiques cambodgiens ont été condamnés à de la prison ferme, de six à huit ans, et vingt autres à de la prison avec sursis, pour « incitation et conspiration en vue de commettre un acte de trahison », mardi 14 juin, à Phnom Penh, dans le cadre du second des deux procès collectifs intentés contre l’opposition politique en 2020.

Ces nouveaux verdicts, entachés, comme ceux qui les précèdent, de multiples entorses aux procédures et d’interprétations grossières des faits par une justice sous contrôle étroit du gouvernement, parachèvent l’entreprise de remise au pas de l’opposition menée par le premier ministre, Hun Sen, l’homme fort du Cambodge, depuis 2017.

Parmi les personnes condamnées à six ans de prison ferme figure Theary Seng, une avocate et militante des droits humains qui a également la nationalité américaine, venue mardi matin devant le tribunal municipal de Phnom Penh déguisée en statue de la Liberté – elle s’était présentée lors de la dernière audience du procès, le 3 mai, vêtue en Thémis, déesse grecque de la justice.

Cette ex-rescapée des camps du régime khmer rouge, qui a été accusée d’avoir exprimé dans des vidéos sur Facebook son soutien au retour d’exil du dissident Sam Rainsy en 2019, a été pour la première fois placée en détention à la suite du verdict de ce matin. Dans un tweet mardi, l’ambassadeur américain au Cambodge s’est déclaré « préoccupé » par le verdict et a appelé le gouvernement cambodgien à relâcher Theary Seng et « tous ceux qui ont été injustement condamnés ». L’ONG Human Rights Watch a dénoncé des « procès spectacle », par le biais d’une instrumentalisation des lois.

Menace insupportable pour le parti au pouvoir

Les deux procès collectifs qui se sont achevés en mars et en mai faisaient comparaître environ 140 personnes, dont plusieurs dizaines par contumace, accusées d’avoir participé et soutenu les mouvements de protestation qui ont suivi la dissolution, par la Cour suprême, en novembre 2017, du principal parti d’opposition, le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC). Le parti au pouvoir, le Parti du peuple cambodgien (PPC) du premier ministre, Hun Sen, l’avait alors poursuivi en justice en affirmant que le PSNC et ses dirigeants avaient trempé dans « une conspiration soutenue par des forces étrangères pour renverser le gouvernement cambodgien ».

En réalité, le PSNC, qui venait de réaliser une percée spectaculaire aux élections municipales de 2017, en remportant un tiers des sièges, représentait une menace insupportable pour le parti au pouvoir à l’approche des législatives de 2018. Une fois l’opposition ainsi neutralisée, le PPC avait alors remporté l’intégralité des sièges au Parlement.

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via LeMonde

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