« Le débat sans nuances sur “Top Gun”, avec Tom Cruise, en dit long sur les crispations identitaires aux Etat-Unis »

L’acteur Tom Cruise est-il réac ? Ou plutôt le triomphe de son dernier film, Top Gun : Maverick, est-il la preuve du sursaut de l’Amérique blanche et plus largement du monde, qui en aurait assez de voir s’imposer le wokisme dans le cinéma ? Il est assez amusant de voir les commentateurs américains se déchirer sur le sujet, décortiquant chaque plan, à coups d’arguments mêlant érudition cinéphilique et dogmatisme politique.

Ce débat repose sur un miracle. En deux semaines à peine, la suite lointaine de Top Gun – film qui a l’époque en 1986 a fait le plus d’entrées – a déjà réalisé près de 600 millions de dollars (560 millions d’euros) de recettes de billetterie dans le monde, soit trois fois plus que son budget. Tom Cruise, 24 ans et pilote d’élite dans le film originel, près de 60 ans et formateur d’élite dans l’épisode 2, défie le temps en as de la voltige guerrière luttant contre un Etat voyou. Il est en passe de réaliser les meilleures entrées de sa carrière.

C’est un film de testostérone et de kérosène. Une ode à l’armée et au romantisme – pas de sexe. Un hommage nostalgique aux années 1980 de Ronald Reagan, où l’Amérique allait droit devant, drapeau flamboyant. De beaux mecs, des avions, des motos. Le climat n’est pas vraiment inclusif ni écolo. Les personnages ne doutent pas longtemps. Il y a quelques années, dans un film où il faisait l’acteur, Quentin Tarantino clamait haut et fort que le sous-texte de Top Gun était l’homosexualité refoulée du héros. Cette analyse restant isolée, la saga ne file pas dans le droit chemin woke.

Il n’en faut pas plus pour que des analystes politiques, sur des chaînes de télévision ou des sites d’information, des critiques de cinéma aussi, pour la plupart bien rangés à droite, se réjouissent d’un film qui ne s’embarrasse pas des questions de genre ou de couleur de peau, ne fait pas culpabiliser le public sur une planète meurtrie et n’évoque pas les pêchés de l’Amérique.

Question taboue

John Nolte, sur le site Breitbart le 28 mai, a lancé le mouvement en se félicitant que Tom Cruise ne soit pas devenu une mauviette en pyjama comme James Bond. Et d’évoquer 11 films hollywoodiens récents qui ont fait flop, en raison d’un wokisme dominant, comme le remake de West Side Story, de Steven Spielberg.

Hollywood est aussi la cible de l’analyste politique Meghan McCain, le 2 juin dans le Daily Mail : continuez à proposer des scénarios régis par la police de la pensée, écrit-elle en substance, et vous ferez faillite, car une grande partie de l’Amérique ne vous suit plus. Certains, comme l’animateur conservateur Steve Gruber, pensent même que Top Gun : Maverick constitue un avertissement à la gauche démocrate quelques mois avant les élections de mi-mandat.

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via LeMonde

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