Le géant japonais des cosmétiques DHC, rattrapé par les propos racistes de son patron

Extrait d’un spot publicitaire pour les cosmétiques japonais DHC.

Au Japon, les propos discriminatoires de Yoshiaki Yoshida, président et fondateur de DHC, le champion nippon des cosmétiques et de la diététique, envers les Sud-Coréens n’en finissent plus de faire polémique. L’affaire remonte à novembre 2020, lorsque M. Yoshida s’en prend au géant japonais de la boisson Suntory. « Les modèles embauchés pour les publicités de Suntory sont presque tous métisses coréano-japonais. C’est pourquoi on se moque de l’entreprise sur Internet en utilisant le sobriquet chontory », écrivait-il sur le site de l’entreprise. « Chon » est un mot utilisé au Japon pour dénigrer et insulter les Sud-Coréens. Et M. Yoshida d’ajouter que les modèles de DHC sont tous « purement japonais ».

Ces propos ont mis du temps à faire réagir au Japon. Aucune plainte n’a été déposée, mais des appels ont été lancés pour boycotter les produits de DHC. « Je n’[en] n’achèterai pas, tant que son dirigeant tient des propos aussi effrontément discriminatoires », a déclaré Kanako Otsuji, députée du Parti démocrate constitutionnelle (PDC, opposition). Et depuis, les critiques fusent.

« Ils peuvent rentrer dans leur pays »

A l’approche des Jeux olympiques de Tokyo, qui véhiculent un message fort contre les discriminations, la ministre de la justice, Yoko Kamikawa, a jugé, début avril, « important que les entreprises prennent l’initiative d’éliminer toutes les formes de discrimination, y compris les discours de haine, et qu’elles agissent en respectant les droits humains ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Quand les Jeux asiatiques révisent le passé nippon

« La mise en ligne de ces propos discriminatoires [sur le site Internet de l’entreprise] ne peut être ignorée par notre ville, qui s’est engagée à respecter les droits humains », a déclaré, mardi 1er juin, Hiroshi Kikuchi, maire de la ville de Shimotsuma, située au nord de Tokyo. Quelques heures auparavant, DHC avait accepté de retirer les propos de son site, tout en précisant que la société ne ferait aucun commentaire sur ce choix. De fait, elle ne voyait jusque-là rien à redire aux prises de position de son patron, qui ne sont pas nouvelles.

En 2016, M. Yoshida, 80 ans, s’en prenait à ceux « qui deviennent japonais et disent du mal du Japon », dans une allusion aux Nippons d’origine sud-coréenne. « Nous n’avons pas besoin de ces pseudo-Nippons, ces faux Japonais. Ils peuvent rentrer dans leur pays. »

Théories complotistes

DHC, qui est implanté en Corée du Sud, finance par ailleurs une chaîne de télévision en ligne, DHC TV. Le média véhicule des théories complotistes et trumpistes. Son émission « Toranomon News » est fréquemment animée par des personnalités de l’extrême droite, comme l’écrivain niant les crimes du Japon impérial pendant la deuxième guerre mondiale, Naoki Hyakuta, où le commentateur politique, tout aussi négationniste, Genki Fujii. Les propos anti-Sud-Coréens n’y sont pas rares. En 2019, l’actrice sud-coréenne Jung Yu-mi avait renoncé à sa collaboration avec DHC Korea à la suite de propos méprisants tenus sur DHC TV.

Il vous reste 22.91% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

Total
0
Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Previous Post

Biélorussie : le dissident Roman Protassevitch poussé à des aveux « sous pression », dénoncent ses proches

Next Post

Le Danemark brade le droit d’asile

Related Posts