Le « goodbye » de la Barbade à la reine Elizabeth II

La première ministre Mia Mottley, la nouvelle présidente Dame Sandra Mason, la chanteuse Rihanna, l’ancien joueur de cricket Garfield Sobers et le prince Charles le jour de la cérémonie, le 30 novembre 2021.

La Barbade, une trentaine de kilomètres de long pour une vingtaine de large, est une micro-île-nation située à l’est des Caraïbes, à 100 kilomètres au sud-est de la Martinique. Brièvement conquise par les Espagnols à la fin du XVsiècle, puis revendiquée par les Portugais, cette île tomba sous la coupe des Anglais au XVIIsiècle.

Ils en firent une de leurs principales plantations, une colonie consacrée à la culture de la canne à sucre, exploitant jusqu’à l’épuisement des dizaines de milliers d’esclaves venus d’Afrique. Après l’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique, en 1833, la Barbade resta dans le giron impérial britannique jusqu’au 30 novembre 1966, date à laquelle elle devint un Etat indépendant.

Dame Sandra Mason présidente

Le 30 novembre 2021, cinquante-cinq ans plus tard très exactement, elle est officiellement devenue une république, renonçant à son statut de monarchie constitutionnelle et à la reine Elizabeth II – mais restant membre du Commonwealth. C’est une magistrate, Dame Sandra Mason, jusqu’à présent gouverneure générale du pays (et représentante de la reine), qui a endossé la fonction de présidente – la première de la Barbade. La transition, actée dans la loi, mais sans référendum, a donné lieu à une étonnante cérémonie, le 30 novembre, à laquelle était convié le prince Charles. A 95 ans, Elizabeth II ne quitte plus guère le château de Windsor depuis que ses médecins lui ont conseillé, cet automne, de limiter ses déplacements.

« Ce qui est surprenant, c’est surtout le temps qu’il a fallu à la Barbade pour renoncer à la monarchie constitutionnelle. » Philip Murphy, directeur de l’institut d’études du Commonwealth

Debout, aux côtés de Dame Mason, de l’ex-champion de cricket Garfield Sobers et de la chanteuse Rihanna (tous deux natifs de l’île, décorés de l’ordre des Héros nationaux de la Barbade), le prince de Galles a assisté en silence, dans la nuit tropicale, à la descente de l’étendard royal du Royaume-Uni, remplacé par le drapeau de la Barbade, qui flotte désormais au-dessus du Parlement, à Bridgetown. Puis, dans un discours évoquant les « atrocités de l’esclavage », Charles a élégamment passé le relais, assurant que la transition vers la république constituait un « nouveau départ » et qu’il « resterait profondément dévoué à ce pays très spécial, à [sa] future prospérité et bien-être. Je me considérerai toujours comme un ami de la Barbade ».

« Ce qui est surprenant, c’est surtout le temps qu’il a fallu à la Barbade pour renoncer à la monarchie constitutionnelle », pointe Philip Murphy, directeur de l’institut d’études du Commonwealth, à l’université de Londres. « Si vous aviez demandé au palais [de Buckingham] à la fin des années 1960 si les ex-colonies caribéennes seraient encore des monarchies constitutionnelles au début des années 2020, la réponse aurait certainement été non : à l’époque, déjà, il y avait une forme de consensus à l’idée que ces Etats déclareraient rapidement leur entière indépendance ». Le Kenya, la Tanzanie ou le Nigeria devinrent des républiques très vite après avoir pris leur indépendance de l’Empire britannique, au début des années 1960. Malte et Trinité-et-Tobago prirent plus de temps – une dizaine d’années.

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via LeMonde

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