Le Liban au seuil d’une catastrophe humanitaire

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Publié aujourd’hui à 15h15, mis à jour à 15h40

La photo des beaux jours repose sur une petite étagère en bois vermoulu. Elham Lakis, 71 ans, blonde avec de grandes boucles d’oreilles, sourit à l’objectif, un éclat facétieux dans son regard ourlé de khôl. C’était il y a une dizaine d’années, l’époque où la diseuse de bonne aventure avait pignon sur rue à Nabaa, une banlieue pauvre à l’est de Beyrouth. En cas de peine de cœur ou de souci de santé, ses voisins lui glissaient un petit billet pour qu’elle lise leur avenir dans le marc de café.

« Aujourd’hui, plus personne ne frappe à ma porte, même les domestiques éthiopiennes qui habitent Nabaa. Plus personne n’a d’argent, se lamente Elham, recroquevillée sur le sofa d’une bicoque insalubre. De toute façon, je ne peux plus m’offrir de café ni de bonbonne de gaz. Même l’eau minérale est devenue trop chère pour moi. » La voyante un peu excentrique, appréciée par tout le quartier, s’est transformée en une vieille dame éplorée, minée par la pauvreté, le diabète et le deuil de son mari, mort d’une crise cardiaque il y a quatre mois.

Elham Lakis, 71 ans, vit à Nabaa, une banlieue pauvre à l’est de Beyrouth, au Liban. Son frère, Baha (à gauche), lui rend visite, le 26 avril 2021.

Après l’explosion qui a dévasté le port de Beyrouth et les quartiers alentour, le 4 août 2020, des bénévoles sont venus rafistoler la porte d’entrée de son gourbi. De temps à autre, l’une des associations caritatives libanaises qui suppléent la faillite de l’Etat lui apporte un carton d’aide alimentaire. Des sacs de féculents et un bidon d’huile qui lui permettent de tenir quelques semaines. L’un de ces cartons, aplati après avoir été vidé de son contenu, sert de paillasson pour les visiteurs et de serpillière pour l’eau qui goutte du plafond.

Entre deux colis, Elham doit se débrouiller seule. Le contenu de son réfrigérateur – une bouteille d’eau, quelques morceaux de fromage et une brosse à dents – parle pour elle. Le seul de ses fils qui lui donnait un peu d’argent a été incarcéré pour trafic de drogue. Les autres ne viennent quasiment plus la voir, trop honteux de ne pas pouvoir l’aider. « Nous, les pauvres du Liban, on est en train de mourir à petit feu, murmure Elham, en cachant ses larmes dans une manche de son gilet noir. Ne me demandez pas de prédire l’avenir, je ne vois plus rien. »

Deux agences des Nations unies, le Programme alimentaire mondial et l’Organisation pour l’agriculture et l’alimentation, se sont livrées à ce petit jeu à sa place. Leur rapport, publié fin mars, intègre le Liban dans la liste des 20 zones confrontées à un risque de famine si des mesures de sauvetage économiques et sociales ne sont pas rapidement engagées.

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via LeMonde

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