Le mouvement #Metoo fait école en Grande-Bretagne

La jeune Britannique Soma Sara a lancé à l’automne dernier la plateforme EveryOne’s Invited. Le 30 mars, elle était invitée dans l’émission « Good Morning Britain » sur ITV.

En juin 2020, quand Soma Sara, 22 ans, partage sa propre expérience d’abus sexuel sur Instagram, elle se rend vite compte qu’elle attire l’attention sur « un problème massif » : « En quelques jours, j’avais déjà reçu 300 témoignages d’agressions et de harcèlement sexuel de proches ! », raconte la jeune femme, tout juste diplômée en littérature anglaise de l’University College de Londres (UCL).

Elle était cependant loin de penser qu’elle déclencherait un tel tsunami : une sorte de #metoo des collèges et des lycées britanniques, qui met des chefs d’établissements scolaires prestigieux en difficulté et oblige le gouvernement de Boris Johnson à agir. Elle enchaîne désormais les interviews sur Zoom à un rythme d’enfer, week-end pascal compris.

Il a fallu un terrible fait divers pour que son combat prenne une ampleur inédite. Au tout début du mois de mars, Sarah Everard s’est volatilisée dans les rues de Londres. Son corps a été retrouvé une semaine plus tard dans le Kent, à l’est de la capitale. Un policier est soupçonné du meurtre puis inculpé. Les Londoniens multiplient les hommages à la jeune femme et les manifestations.

Expériences traumatisantes

En quelques jours, des milliers de témoignages de collégiennes, lycéennes, étudiantes (et de quelques garçons) affluent sur EveryOne’s Invited, la plateforme créée à l’automne 2020 par Soma Sara. Dans de courts récits à la première personne – on en comptait 13 900 le 5 avril –, elles racontent le harcèlement quotidien, les garçons qui notent les filles sur leur physique, photographient leurs sous-vêtements, les expériences traumatisantes de revenge porn (diffusion publique, sans consentement, d’images sexuelles), les attouchements forcés, les relations sexuelles à peine consenties, voire les viols caractérisés. Leur nom n’apparaît jamais – les témoignages sont systématiquement anonymisés ; en revanche, les écoles qu’elles ont fréquentées ou ­fréquentent encore apparaissent souvent.

Et c’est un défilé d’établissements parmi les plus réputés du pays : le collège pour garçons d’Eton, où ont étudié Boris Johnson, David Cameron et tant d’autres politiques britanniques, d’autres boarding schools (internats) réputées, comme Charterhouse, Harrow ou Latymer Upper School… Plus un jour ne passe désormais sans que des élèves ou ex-élèves prennent la plume pour y dénoncer des pratiques machistes : la parole se libère, dénonçant au passage l’indifférence des professeurs, des chefs d’établissement, mais aussi des autres camarades ou des parents souvent incrédules.

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via LeMonde

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