Le non-alignement suédois à l’épreuve de la guerre en Ukraine

Analyse. C’est une des conséquences indirectes de la guerre entreprise par Moscou. Il y a quelques mois encore, ni la Suède ni la Finlande n’envisageaient d’adhérer à l’OTAN. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février, a complètement rebattu les cartes. Les deux pays nordiques pourraient présenter leur candidature dans les semaines qui viennent. Mais, alors que les Finlandais avancent avec détermination – le président Sauli Niinistö prendra position le 12 mai – les Suédois, eux, se montrent plus hésitants, donnant l’impression de vouloir adhérer par peur de se retrouver isolés plutôt que par conviction.

Cette différence d’attitude trouve, en partie, ses racines dans la géographie et l’histoire des deux pays. D’un côté, la Finlande partage 1 340 kilomètres de frontière avec la Russie et s’est retrouvée mêlée à d’innombrables conflits armés avec son voisin. Depuis son indépendance, en 1917, elle l’a affrontée à deux reprises, lors de la guerre d’Hiver (1939-1940) et la guerre de Continuation (1941-1945), deux conflits qu’elle a perdus. De l’autre côté, la Suède n’a aucune frontière avec la Russie et n’a pas connu la guerre depuis plus de deux cents ans.

Neutralité « pragmatique »

Ces différentes expériences ont largement façonné la conception qu’ont les Finlandais et les Suédois de leur neutralité, muée en une stratégie de non-alignement militaire à la fin de la guerre froide. Pour les Finlandais, elle s’est imposée comme un instrument, qu’ils ont dû accepter contraints et forcés, afin de maintenir des relations pacifiques avec le voisin soviétique après la seconde guerre mondiale.

Les Suédois, au contraire, l’ont adopté dès 1814 à l’initiative du Francais Jean-Baptiste Bernadotte (couronné roi de Suède en 1818), dans l’objectif de se tenir à l’écart de futurs conflits. Au fil des ans, elle est devenue une partie intégrante de leur identité collective. Les enfants l’apprennent tout jeunes à l’école : si la Suède a pu éviter la guerre pendant plus de deux siècles, c’est à sa neutralité qu’elle le doit.

On peut comprendre donc qu’une partie de l’opinion publique suédoise ait aujourd’hui des difficultés à envisager un changement de doctrine. Dans une interview au journal Dagens Nyheter, le 9 mars, la première ministre, Magdalena Andersson, prévenait : « Nous avons été militairement non alignés pendant deux cents ans et cela a bien servi la Suède. Cela nous a évité la guerre, donc il faut avoir de très bons arguments si on veut changer cette ligne. »

Sauf que cette analyse – qui agace beaucoup les Finlandais – est contestable. Si la Suède est parvenue à rester en dehors des conflits au XIXe siècle, c’est parce que Stockholm a su nouer des alliances avec les grandes puissances pour protéger ses intérêts, rappelle Jacob Westberg, maître de conférences à l’Université de défense suédoise. Et si elle n’a combattu dans aucune des deux guerres mondiales, c’est parce qu’aucun pays n’avait de raison de l’envahir : « Une fois que les Allemands ont contrôlé les ports norvégiens qui leur permettaient d’exporter le minerai de fer suédois, ils n’avaient plus besoin d’occuper la Suéde », précise M. Westberg, qui évoque une neutralité « pragmatique ».

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via LeMonde

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