Le patron d’une des principales sociétés russes de cybersécurité arrêté pour « haute trahison »

Ilia Satchkov (tout à droite), lors d’une rencontre avec le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, le 6 février 2019, lors de la remise du prix Nemaly Business, qui récompense les entreprises innovantes russes.

Le fondateur de l’entreprise russe de cybersécurité Group-IB a été arrêté pour « haute trahison », dans le cadre d’une perquisition au siège de sa société à Moscou, mercredi 28 septembre. Spécialisée dans la détection et la prévention des piratages informatiques, Group-IB est l’une des principales sociétés du secteur. Elle est aussi un « partenaire officiel d’Interpol et d’Europol », selon son site Internet.

Son PDG et fondateur, Ilia Satchkov, 35 ans, a été placé en détention provisoire jusqu’au 27 novembre par décision du tribunal moscovite de Lefortovski.

La justice n’a donné aucun détail sur les faits reprochés à l’entrepreneur. Dans les poursuites pour haute trahison, qui se sont multipliées ces dernières années, les autorités russes sont autorisées à garder secrets les éléments de procédure. Selon une source citée par l’agence étatique TASS, M. Satchkov est accusé d’avoir « porté atteinte à la réputation et aux intérêts nationaux de la Russie » et d’avoir « coopéré avec des services de renseignement de pays étrangers ». Il ne reconnaît pas sa culpabilité, selon la même source.

« Pendant des années, cette entreprise russe a réalisé des recherches parmi les meilleures au monde sur les gangs de cybercriminels », écrit sur Twitter le chercheur en sécurité Mikko Hypponen, qui travaille pour son concurrent F-Secure, dans un message s’étonnant de cette arrestation.

Décoré en 2019 par le Kremlin

La société Group-IB, fondée en 2003, s’est dit dans un communiqué « convaincue de l’innocence » de M. Satchkov. La firme a assuré « fonctionner normalement » et a annoncé que son cofondateur, Dmitri Volkov, avait pris la direction de la société.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a, pour sa part, soutenu qu’il avait appris l’arrestation d’Ilia Satchkov dans la presse, et ne pas craindre un impact sur le secteur de la cybersécurité russe. En revanche, le représentant spécial du Kremlin auprès des entrepreneurs, Boris Titov, a estimé qu’il était « essentiel que les enquêteurs s’expliquent » sur cette arrestation, « étant donné l’importance et le caractère unique de la figure de Satchkov pour tout le secteur [de la cybersécurité en Russie] ».

En février 2019, M. Satchkov avait été décoré par le président Vladimir Poutine pour sa « percée innovante » dans le domaine de la détection et de la prévention des cybermenaces, selon le site du Kremlin.

La Russie est soupçonnée par les services de renseignements occidentaux d’être à l’origine d’une série d’attaques informatiques et d’opérations de déstabilisation récentes, depuis les piratages des boîtes e-mail de députés allemands jusqu’à la cyberattaque NotPetya de juin 2017. Le pays est également soupçonné d’abriter sur son territoire des réseaux cybercriminels, tels que le groupe REvil, responsables d’attaques aux rançongiciels comme celles ayant visé une société majeure du secteur de la viande JBS, le gestionnaire d’oléoducs Colonial Pipeline, mais aussi des collectivités locales et des hôpitaux.

La Russie nie tout rôle dans ces différentes attaques. En juin, Vladimir Poutine avait accepté d’engager, avec le président des Etats-Unis, Joe Biden, des consultations bilatérales sur la cybersécurité. L’arrestation de M. Satchkov, dont l’entreprise travaille avec plusieurs pays occidentaux, laisse planer le doute sur la volonté du Kremlin d’améliorer sa coopération en matière de cybersécurité.

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Le Monde avec AFP

via LeMonde

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