Le port portugais de Sines pris dans la confrontation Chine-Etats-Unis

Des conteneurs  au Terminal XXI  du port de Sines (Portugal), le 12 février 2020.

Qui mettra la main sur le port de commerce de Sines, au Portugal ? Les autorités locales ont créé la surprise, mercredi 7 avril, en annonçant avoir repoussé la décision d’attribuer le marché d’un deuxième terminal à conteneurs dans ce port stratégique. Officiellement, l’appel d’offres international lancé en 2019, pour 642 millions d’euros, s’est conclu sans proposition en raison de la crise liée au Covid-19. « Compte tenu des fortes contraintes macroéconomiques actuelles, l’Autorité portuaire se propose d’adapter la procédure d’appel d’offres au contexte actuel, en assouplissant certains aspects », indique son communiqué. Selon José Luis Cacho, président du conseil d’administration du port cité par l’agence de presse Reuters, 52 entités (opérateurs, compagnies financières, etc.) ont consulté le dossier.

L’affaire, pourtant, semblait avoir bien commencé. A Lisbonne, fin 2018, le président Xi Jinping signait un accord sur les « nouvelles routes de la soie », le vaste projet chinois d’infrastructures dans le monde, avec son homologue portugais, Marcelo Rebelo de Sousa, qui lui avait déroulé le tapis rouge. La Chine, avec son géant Cosco, partait favorite pour investir à Sines, dont les quais ont vu s’élancer en 1497 la flotte de Vasco de Gama, le bâtisseur de l’empire portugais. Mais, depuis 2018, le vent, clairement, a tourné.

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A 100 km au sud de Lisbonne, Sines est la porte d’entrée de l’Europe sur la façade atlantique – le premier port en eaux profondes à distance de Panama et des Etats-Unis. Sa physionomie permet la manœuvre des porte-conteneurs géants. En forte croissance, il a traité 42 millions de tonnes de pétrole, gaz et produits en 2020, et plus de 2 millions de conteneurs. Depuis sa création en 1970, le « Complexe industriel de Sines » figure ainsi au cœur des projets de développement du Portugal. Si le port a connu des contre-performances en 2019, il affiche de grands projets d’expansion. Le premier investisseur de l’actuel terminal de conteneurs, le concessionnaire singapourien PSA, va engager 661 millions d’euros. Et 300 autres millions d’investissements publics sont prévus. Le nouveau terminal Vasco de Gama, sur 46 hectares, devra traiter 3,5 millions de conteneurs à terme.

« Sines est un pôle industriel et énergétique important, il pourrait devenir un hub européen », explique Joao Pedro Matos Fernandes, le ministre de l’environnement. Le port assure déjà 30 % des importations du gaz naturel liquéfié américain, et le gouvernement ambitionne d’en faire un site de production d’hydrogène vert, à partir de l’énergie photovoltaïque. « Nous y avons six projets autour de cette production, pesant 7 milliards d’euros, ajoute M. Fernandes. Notre pays a toujours importé de l’énergie : nous pensons que, dans dix ans, nous pourrons en exporter depuis Sines, grâce à l’hydrogène vert. » Notamment vers les Pays-Bas et l’Allemagne.

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via LeMonde

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