Le premier ministre belge présente des excuses officielles pour la mort de Patrice Lumumba


Les premiers ministres belge, Alexander De Croo, et congolais, Jean-Michel Sama Lukonde, lors de la cérémonie de restitution d’une dent de Patrice Lumumba, à Bruxelles, le 20 juin 2022.

Il était très attendu, il a été prononcé : le mot « excuses » était bien inclus dans le discours du chef du gouvernement belge, Alexander De Croo, lundi 20 juin, à l’occasion d’une cérémonie officielle de remise à la famille de Patrice Lumumba et à la République démocratique du Congo (RDC) d’une dent du premier dirigeant de l’ex-colonie belge, devenue indépendante en 1960. Patrice Lumumba avait été assassiné le 17 janvier 1961 dans la province sécessionniste du Katanga, avec la complicité de représentants belges. Cette dent est tout ce qu’il subsiste aujourd’hui de sa dépouille. Elle a été longtemps conservée comme souvenir par un policier belge ayant participé à la disparition du corps, avant d’être saisie chez sa fille en 2016.

« Je souhaite, en présence de sa famille, présenter à mon tour les excuses du gouvernement belge pour la manière dont, à l’époque, il a pesé sur la décision de mettre fin aux jours du premier ministre du Congo indépendant », a déclaré Alexander De Croo. Il est allé plus loin en évoquant sa volonté de « qualifier sans ambiguïté » ce qu’il a appelé les « passages sombres » de l’histoire de son pays. La colonisation, a-t-il dit, a « instauré une relation inégale, en soi injustifiable », et « un système pernicieux qui a terni honteusement l’histoire de notre pays ». Peut-être était-elle parfois motivée par « de nobles intentions », mais elle a été marquée par « l’asservissement, l’occupation, l’exploitation et la spoliation ». Le chef du gouvernement a aussi dressé un parallèle avec l’esclavage et dénoncé le racisme qui, a-t-il insisté, persiste encore en Belgique.

« Trop tard, beaucoup trop tard »

Il y a une vingtaine d’années, par la voix du ministre des affaires étrangères de l’époque, Louis Michel, le royaume avait déjà exprimé ses « profonds regrets » pour le rôle de Belges dans l’assassinat de Patrice Lumumba et la disparition de sa dépouille. Et il y a deux ans, dans une lettre officielle, le roi Philippe avait quant à lui dénoncé « l’exploitation, le paternalisme, la discrimination et le racisme » de la période coloniale, propos qu’il a répétés la semaine dernière lors d’une visite officielle à Kinshasa. Pas question d’excuses, en revanche, dans l’intervention du souverain. Sans doute parce qu’il serait sorti de ses prérogatives constitutionnelles en utilisant un terme pouvant entraîner des réparations financières et des restitutions.

Il vous reste 53.27% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess