Le président déchu laisse derrière lui un Sri Lanka dans la souffrance

Telle une lueur d’espoir à l’horizon, des feux d’artifice ont brièvement illuminé le ciel sri- lankais dans les heures qui ont suivi la démission du président Gotabaya Rajapaksa, jeudi 14 juillet, cinq jours après qu’il avait été forcé de fuir sa résidence par une foule de manifestants en colère. Mais l’euphorie a été de courte de durée, aussitôt chassée par la réalité d’une crise économique qui s’est immiscée dans tous les aspects de la vie quotidienne. A quelques minutes à peine du campement des protestataires, un étrange silence est retombé dans les rues de Colombo. Ces dernières semaines, la circulation automobile est presque à l’arrêt et seul le croassement des corbeaux se fait entendre, telle la mélodie d’un pays au ralenti, entravé dans sa marche par des pénuries incessantes. Même les feux de signalisation ne passent plus systématiquement au rouge, affectés par les coupures d’électricité quotidiennes.

Sur le bas-côté de la route s’étire une longue file de véhicules, stationnés les uns derrière les autres, sur plusieurs kilomètres. La mécanique est bien huilée. Trois files courent en parallèle : une pour les voitures, une pour les tuk-tuks – les taxis-tricycles – et une dernière pour les deux-roues. Au bout, une station-service fermée, faute d’approvisionnement. « C’est mon cinquième jour à attendre et je ne suis pas sûr que la station sera approvisionnée en carburant aujourd’hui », détaille Fahad Kawas, commercial dans une filiale de John Keells, le plus gros conglomérat sri-lankais.

Départs en masse

Ce père de famille de 32 ans a dormi là quatre nuits d’affilée. « Je suis rentré chez moi une fois pour prendre une douche et changer de vêtements », explique cet homme qui doit absolument se procurer 6 litres de carburant pour se rendre à l’aéroport. Ensuite, il pourra enfin réserver son billet d’avion pour le Qatar, où une nouvelle vie l’attend. En raison de l’inflation galopante (54,6 % au mois de juin), son salaire de 100 000 roupies, soit 275 euros environ, ne suffit plus à nourrir sa famille. « On ne peut même plus acheter de pain. Je me contente généralement de déjeuner et, parfois, il m’arrive de dîner », déplore Fahad Kawas. Selon les Nations unies, 80 % de la population saute désormais des repas.

« “Gota” est parti, mais le prochain président fera-t-il mieux ? Je n’en sais rien », s’inquiète encore M. Kawas, qui va doubler son salaire grâce à ce nouvel emploi de livreur au Qatar. « L’idée de laisser mes enfants, qui n’ont que 4 et 2 ans, derrière moi, me déchire, j’en ai pleuré, mais pour eux, je dois partir », se désole-t-il. Il n’a pas réussi à obtenir un passeport pour son épouse et leurs enfants.

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via LeMonde

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