Le Salvador envoie une femme en prison après une fausse couche


Lors d’une manifestation d’Amnesty International contre les lois anti-avortement, à San Salvador, en avril 2015.

Trente ans de prison pour avoir perdu son fœtus. C’est la peine à laquelle Esme (le prénom a été modifié) a été condamnée, lundi 9 mai, alors qu’elle avait appelé les urgences et fait une fausse couche. Loin de recevoir les soins nécessaires, selon le Collectif citoyen pour la dépénalisation de l’avortement, elle a été dénoncée à la police, et accusée d’homicide. L’avocate d’Esme, Karla Vaquerano, a annoncé qu’elle ferait appel de la décision de justice, assurant que les accusations du parquet étaient biaisées et teintées de stéréotypes de genre.

Le Salvador est un des sept pays au monde (avec le Nicaragua, le Honduras, la République dominicaine, Haïti, Suriname et Malte) qui interdisent totalement l’avortement. Une dizaine de femmes se trouvent actuellement derrière les barreaux à la suite d’urgences obstétriques. On les accuse d’avoir en réalité voulu mettre fin à leur grossesse. Leurs peines atteignent parfois quarante ans, comme dans le cas de Maria Teresa Rivera, qui a pu fuir en Suède et y obtenir l’asile.

Depuis sept ans, il n’y avait pas eu de nouvelles condamnations. Celle d’Esme est donc la première à avoir lieu pendant le mandat du jeune chef de l’Etat, Nayib Bukele, au pouvoir depuis 2019, et dont les féministes attendaient beaucoup. Le président avait assuré pendant sa campagne être favorable à la dépénalisation de l’interruption de grossesse en cas de danger pour la vie de la femme enceinte.

Les promesses non tenues de Nayib Bukele

Une promesse non tenue. En septembre 2021, il avait annoncé avoir décidé de retirer d’une proposition de réforme de la Constitution l’avortement thérapeutique et le mariage entre personnes du même sexe. Les collectifs féministes et LGBT avaient pourtant été consultés par l’équipe ad hoc chargée de rédiger la proposition de réforme constitutionnelle. Le vice-président du pays, Félix Ulloa, auteur du texte, avait attribué le refus de Nayib Bukele aux pressions de « secteurs conservateurs très puissants, en particulier l’Eglise catholique ». Concernant les condamnations de femmes à de lourdes peines de prison, il avait reconnu que le Salvador était « une honte à ce sujet ».

En décembre 2021, dans un geste d’apaisement, Nayib Bukele avait ordonné la libération de trois des dix-sept femmes condamnées à de lourdes peines pour homicide aggravé. En janvier puis février, deux autres femmes avaient été libérées après avoir passé une dizaine d’années prison à la suite d’une fausse couche.

« La condamnation d’Esme (…) est un coup dur dans [la lutte] pour en finir avec la criminalisation des urgences obstétriques qui, comme l’a signalé la CIDH [Cour interaméricaine des droits humains], doivent être traitées comme des problèmes de santé publique et de garantie des droits des femmes », a déclaré Morena Herrera, présidente du Collectif citoyen.

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via LeMonde

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