Le Sinn Fein, en faveur de la réunification, bien placé pour devenir la première force politique d’Irlande du Nord


Une affiche pour le Sinn Fein, appelant au « vrai changement » dans le quartier nationaliste ouvrier de The Falls, dans l'ouest de Belfast, en Irlande du Nord, le 27 avril 2022. Photo © Ed Alcock / M.Y.O.P. 27/4/2022 A poster for Sinn Fein, calling for « real change » in the working class nationalist neighbourhood of The Falls, in west Belfast. Photo © Ed Alcock / M.Y.O.P. 27/4/2022

L’Irlande du Nord pourrait vivre un tournant historique. Pour la première fois dans l’histoire de cette nation du Royaume-Uni, dominée depuis sa création (en 1921) par les protestants (majoritairement unionistes, fidèles au lien avec Londres), un parti nationaliste favorable à la réunification de l’Irlande, le Sinn Fein, est bien placé pour arriver en tête à l’issue des élections parlementaires du 5 mai. Si ce basculement politique et sociétal se confirme, vingt-quatre ans après la fin des troubles, cette guerre civile qui a opposé les catholiques nationalistes aux protestants unionistes pendant trente ans, il risque de provoquer une crise politique et va relancer le débat très sensible à Dublin comme à Londres, sur la fin de la partition de l’Irlande.

Samedi 7 mai, vingt-quatre heures après le début d’un dépouillement long et complexe, le Sinn Fein, (un parti présent sur l’ensemble de l’île, en République d’Irlande comme en Irlande du Nord), arrivait en tête des premiers choix exprimés par les électeurs (18 députés acquis contre 12 au parti unioniste, DUP). En tout, 90 députés doivent être désignés pour siéger à l’Assemblée de Stormont, le Parlement nord-irlandais, doté de pouvoirs conséquents (santé, justice, éducation), même si les sujets régaliens restent du domaine de Westminster.

Si cet avantage se confirme, Michelle O’Neill, la vice-présidente du Sinn Fein, sera en droit de réclamer le poste de première ministre de l’exécutif nord-irlandais. Jeffrey Donaldson, le chef du DUP, le parti unioniste jusqu’alors dominant en Irlande du Nord, devrait se contenter du poste de premier ministre adjoint, en vertu d’un système de partage des pouvoirs hérité du traité de paix du Vendredi saint (1998) obligeant unionistes et nationalistes à gouverner ensemble.

Les deux postes jouissent de prérogatives presque identiques, mais symboliquement, ils n’ont pas la même portée. Et les symboles tout comme les identités comptent encore beaucoup en Irlande du Nord. Humilié, critiqué pour son soutien au Brexit et au gouvernement de Boris Johnson, le DUP menace de ne pas participer à l’exécutif nord-irlandais. Pas question, selon lui, de « revenir à Stormont » tant que le protocole nord-irlandais reste en place. Cette partie cruciale du traité du Brexit, négociée par Londres et Bruxelles, instaure depuis 2021 une frontière douanière en mer d’Irlande, entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni et les Unionistes la considèrent comme un affront à leur identité britannique.

« Si le protocole n’est pas modifié et les barrières commerciales enlevées, nous ne revenons pas à Stormont », a menacé Edwin Poots, ex-chef du DUP, tout juste réélu député nord-irlandais à Belfast Sud vendredi 6 mai. Le parti espère une intensification des négociations sur le protocole entre Londres et Bruxelles, mais ces dernières patinent depuis des mois. Bruxelles refuse en tout cas de renoncer à cet arrangement visant à préserver le marché intérieur européen. « Le DUP prend l’exécutif nord-irlandais en otage » a dénoncé Michelle O’Neill, quelques jours avant le scrutin.

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via LeMonde

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