Le Sri Lanka déploie des troupes dans la capitale après des violences autour des manifestations antigouvernementales


Des soldats de l’armée sri-lankaise patrouillent pendant le couvre-feu à Colombo, au Sri Lanka, le 11 mai 2022.

Les autorités sri-lankaises ont déployé des véhicules blindés et des troupes dans les rues de la capitale, Colombo, mercredi 11 mai, deux jours après que des foules progouvernementales ont attaqué des manifestants pacifiques.

L’armée a reçu l’ordre de tirer sur les personnes soupçonnées de participer aux violences, qui ont fait, depuis lundi, huit morts et plus de 225 blessés, selon la police, dans cette île de 22 millions d’habitants.

Un bus incendié lors de manifestations contre le gouvernement au Sri Lanka, à Colombo, le 11 mai 2022.

Après l’incendie, mardi soir tard, d’un hôtel de luxe appartenant à un membre du clan des Rajapaksa, dans le sud du pays, la police a dans plusieurs endroits tiré en l’air pour disperser la foule qui brûlait des véhicules.

Des manifestants réclament la démission du président

La population de l’île est excédée par des mois de graves pénuries de nourriture, de carburant et de médicaments et de coupures d’électricité, et des manifestations pacifiques réclament depuis des semaines la démission du président, Gotabaya Rajapaksa.

Un ramasseur de ferraille sri-lankais recherche des articles recyclables près des bus qui ont été brûlés lors d’affrontements entre partisans du gouvernement et manifestants antigouvernementaux, à Colombo, au Sri Lanka, le 11 mai 2022.

Des partisans du gouvernement, acheminés de province lundi dans la capitale et galvanisés par son frère, le premier ministre démissionnaire Mahinda Rajapaksa, ont mis le feu aux poudres en attaquant les manifestants.

A 76 ans, le chef du clan des Rajapaksa a démissionné lundi de ses fonctions à la suite des sanglants affrontements qui ont suivi. Peu avant l’aube mardi, il a dû être exfiltré par l’armée de sa résidence officielle assiégée à Colombo.

Cette démission est « un événement important, les gens en sont vraiment satisfaits », a déclaré Kaushalya Fernando, actrice et militante des droits. Mais « cela ne suffit pas », a-t-elle insisté, ajoutant : « Nous voulons le départ de tout le clan des Rajapaksa. Ils sont tellement, tellement corrompus », « ils ont rongé le Sri Lanka, comme une chenille ronge un fruit ou une feuille ».

Le couvre-feu prolongé de vingt-quatre heures

Le couvre-feu, décrété peu après le début des affrontements, devait être levé mercredi matin mais a été prolongé de vingt-quatre heures. Des manifestants le bravaient mercredi en maintenant leurs campements devant le bureau du président.

Lors d’une manifestation près du bureau du président à Colombo, le 10 mai 2022.

Le président, Gotabaya Rajapaksa, qui est resté en fonctions et jouit de pouvoirs étendus et du commandement des forces de sécurité, a appelé mercredi sur Twitter « tous les Sri-Lankais à s’unir pour surmonter les défis économiques, sociaux et politiques ».

Mais le principal parti d’opposition, le Samagi Jana Balawegaya (SJB), a réaffirmé mercredi qu’il ne participerait pas à un gouvernement sous son autorité. « La violence est provoquée [par les autorités] afin d’établir un régime militaire », a dénoncé le chef de l’opposition, Sajith Premadasa, sur Twitter, en réclamant que « l’Etat de droit » soit « maintenu par la Constitution et non par les armes ».

Le pape François a appelé mercredi les autorités du Sri Lanka et les émeutiers à « maintenir un comportement pacifique sans céder à la violence » et à respecter pleinement les « droits humains » et « libertés civiles ».

En écho aux appels des Nations unies et de l’Union européenne, les Etats-Unis se sont dits à la fois préoccupés par l’escalade de la violence et par le déploiement de l’armée. « Les manifestants pacifiques ne doivent jamais être soumis à la violence ou à l’intimidation, que ce soit de la part de l’armée ou d’unités civiles », a rappelé mardi devant la presse Ned Price, porte-parole du département d’Etat, à Washington.

Le Sri Lanka, en défaut sur sa dette extérieure évaluée à 51 milliards de dollars depuis le 12 avril, est actuellement en pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un éventuel renflouement. « Nous suivons de près l’évolution de la situation au Sri Lanka et sommes préoccupés par la montée des tensions sociales et de la violence », a déclaré Masahiro Nozaki, chef de la mission du FMI au Sri Lanka, dans un communiqué.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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