Le Sri Lanka s’enfonce dans une crise politique et économique inédite


Lors d’une veillée condamnant les tirs de la police sur des manifestants à Rambukkana, à Colombo, le 19 avril 2022.

La contestation pacifique des Sri Lankais pour réclamer le départ du président Gotabaya Rajapaksa a pris un tour dramatique, mardi 19 avril. La police a ouvert le feu en fin de journée sur des manifestants qui bloquaient depuis le matin une autoroute et des voies ferrées à Rambukkana, à une centaine de kilomètres de Colombo. Une personne est morte, 24 ont été blessées par balle. Un couvre-feu a été imposé. La police s’est justifiée en affirmant qu’elle tentait d’éviter que les manifestants ne mettent le feu à une citerne de carburant.

Dans tout le pays, les Sri-Lankais s’étaient une nouvelle fois massivement mobilisés pour protester contre la pénurie et le coût du carburant. Depuis deux mois, les automobilistes doivent attendre des heures devant les stations-service, à sec, pour espérer remplir leur réservoir, et le principal distributeur a décidé de doubler brutalement ses tarifs. Les citoyens sont pris à la gorge.

Ils payent le prix fort d’une crise économique et financière d’une ampleur totalement inédite. L’île de l’océan Indien, surendettée, n’a plus assez de réserves de change pour importer les biens essentiels et le carburant nécessaire pour faire tourner les centrales thermiques. Les habitants subissent d’interminables coupures de courant. Après des mois de privations, la population a laissé éclater sa colère, le 16 mars, et ne cesse de manifester depuis.

Dans la capitale, les protestataires occupent depuis douze jours l’esplanade de Galle Face, le long de la mer. Ils ont établi un campement devant le palais présidentiel où de grandes banderoles clament « Gota go home » (« Gota rentre chez toi »).

35 milliards de dollars de dette

Le couple exécutif formé par le président Gotabaya Rajapaksa et son frère Mahinda, qui détient le fauteuil de premier ministre, a concédé de minces efforts. Il a présenté, lundi 18 avril, un nouveau gouvernement, allégé des membres de la famille, frère, fils, cousin, qui s’appropriaient jusqu’à présent les portefeuilles ministériels. Le président a reconnu deux erreurs : avoir demandé tardivement l’aide du Fonds monétaire international et avoir banni, en mai 2021, du jour au lendemain, l’utilisation des produits agrochimiques, pénalisant ainsi des millions d’agriculteurs. Il était revenu sur cette décision quelques mois plus tard.

La rue, comme l’opposition parlementaire, considère que la crise ne pourra se résoudre que par le départ du duo Rajapaksa, qui a perdu trop de légitimité pour imposer les réformes indispensables. Pour la première fois, l’Etat, a annoncé, le 12 avril, qu’il suspendait le remboursement du service de la dette publique extérieure, qui s’élève à 35 milliards de dollars (environ 32 milliards d’euros). Le pays n’est plus en capacité de rembourser ce fardeau. La sanction a été immédiate, les agences de notation l’ont rétrogradé dans la catégorie des « pays à haut risque ».

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via LeMonde

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