Le syndicalisme ne fait pas son entrée chez Amazon aux Etats-Unis

Devant le site d’Amazon de Bessemer (Alabama), le 27 mars 2021.

Les syndicats avaient gagné la bataille médiatique. Ils ont perdu celle des urnes. Les salariés de l’entrepôt Amazon de Bessemer, bourgade pauvre située au sud de l’ancienne cité minière de Birmingham, en Alabama, ont voté contre la syndicalisation de leur site dans un rapport supérieur à deux contre un.

Selon CNBC, sur les 3 215 bulletins exprimés, 1 798 votes étaient opposés à l’union et 738 votes favorables. C’est plus que la majorité requise de 1 608, tandis que l’écart entre le « non » et le « oui » est supérieur aux quelque 500 bulletins contestés, qui, de ce fait, ne seront sans doute pas comptés.

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Le National Labor Relations Board, l’instance fédérale qui organise le scrutin et son dépouillement, n’avait pas encore pas proclamé, vendredi 9 avril, vers midi heure locale, de vainqueur officiel. L’affaire devrait se poursuivre devant les tribunaux. En jeu, le droit de vote octroyé ou non à des salariés ayant quitté l’entreprise ainsi que la mise en cause, tardive, d’une boîte aux lettres installée sur le parking d’Amazon, masquée par une tente, où les salariés pouvaient remettre leur bulletin.

Une consultation hautement politisée

Il n’empêche, la défaite est énorme dans cette consultation hautement politisée. Plusieurs explications : d’abord, les salariés votent pour leurs intérêts directs et il n’y a manifestement pas eu de « convergence des luttes », entre les revendications salariales et le mouvement antiraciste Black Lives Matter, dans une usine où près de 80 % des salariés sont Afro-Américains. Amazon paye un salaire horaire supérieur à 15 dollars (12,60 euros) de l’heure, soit plus de deux fois le salaire minimum, qui n’est que de 7,25 dollars en Alabama.

Ensuite, l’entreprise offre de nombreux plans d’assurance santé, qui permettent de couvrir les salariés dès le premier jour, ce qui est décisif dans ce Sud pauvre en période de Covid. Une grande partie des salariés sont des femmes afro-américaines et peut-être ont-elles voulu aussi assurer les arrières pour leurs familles, d’autant que nul n’osait exclure qu’Amazon ferme l’entrepôt géant qui emploie environ 5 600 personnes.

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Toute l’Amérique a en mémoire que, début 2019, la firme de Jeff Bezos a renoncé à installer son second siège dans un quartier populaire de Queens, à New York, lorsque les élus locaux, dont le maire démocrate de New York, Bill de Blasio, et l’égérie de la gauche américaine Alexandria Ocasio-Cortez ont commencé à demander que le site puisse être syndiqué. « Je ne veux pas que cela se termine comme en Floride, où ils ont fermé trois brasseries après l’autorisation des syndicats », nous déclarait, en mars, sur le parking d’Amazon la salariée Sandra McDonald.

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via LeMonde

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