« Le Temps des guépards », retour sur plus d’un demi-siècle d’interventions militaires françaises

Livre. Aucun autre pays, sinon les Etats-unis, n’a mené ces soixante dernières années autant d’interventions militaires extérieures que la France. On en dénombre quelque 32 d’importance, c’est-à-dire mobilisant plus de 1 000 soldats, ou, de moindre envergure, marquées par des combats et des pertes. En tout, plus de 120 sur 17 théâtres d’opérations différents. Mais ni les moyens dont disposent les forces armées françaises ni leur taille ne sont ceux de leurs homologues d’outre-Atlantique. D’où une surexposition permanente.

« Les soldats français sont les plus sollicités au monde, des combattants nomades sautant en permanence d’un point à l’autre du globe dans une sorte de guerre mondiale en miettes au service des intérêts de la France et surtout de son statut de puissance », écrit Michel Goya, ancien officier des troupes de marine et historien, qui analyse plus d’un demi-siècle d’expéditions, de guerres, d’opérations antiterroristes, de missions d’interposition, menées par les forces françaises seules ou en coalition. Le monument aux morts en opérations extérieures (« opex ») depuis la fin de la guerre d’Algérie comptait, lors de son inauguration, le 11 novembre 2019 à Paris, 549 noms, soit une moyenne d’un peu moins de dix par an.

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Unique en Europe, cet interventionnisme n’a jamais vraiment fait débat. « Alors même que la France de la Ve République n’a cessé de lancer ses soldats partout dans le monde, personne n’a vraiment appréhendé que nous soyons ainsi devenus une nation en engagement militaire permanent », note Michel Goya. Engageant des soldats professionnels, les « opex » n’ont jamais suscité de véritable opposition dans une opinion largement convaincue que la France a une mission universelle et doit rester présente dans les affaires du monde.

Si les présidents français sollicitent autant leurs forces armées, c’est d’abord parce que c’est facile. Selon la Constitution de 1958, article 35, il appartient théoriquement au Parlement de déclarer la guerre. Il ne l’a jamais fait, se contentant aux mieux d’approuver la décision du chef de l’Etat dont le « domaine réservé » n’a fait que s’étendre, notamment avec la force de frappe nucléaire. « Tout dépend d’une seule tête, ce qui donne naissance, dès le début de la Ve République, à un art de la guerre particulier », souligne l’auteur.

Faiblesse de moyens

Cette « petite guerre mondiale de la France », comme l’appelle Michel Goya, n’avait, jusqu’ici, jamais été traitée sous cette forme. L’exercice tient de la gageure par l’étendue de la période traitée, la variété des théâtres concernés, de l’Afrique au Moyen-Orient ou aux Balkans, et la dimension géopolitique. La première des interventions évoquées est celle de Bizerte, en Tunisie, en juillet 1961, sur ordre de De Gaulle, pour dégager une base française assiégée par la jeune armée tunisienne.

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via LeMonde

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