Le vol MH370 : face à l’inconnue

« Vol MH370. La disparition », de Florence de Changy (Les Arènes, 528 pages, 24,80 €).

Livre. Sept ans après, le plus grand mystère de l’histoire de l’aviation ne fait plus les gros titres mais une journaliste n’a jamais abandonné sa quête de vérité. Florence de Changy, qui travaille pour Le Monde, Radio France et RFI à Hongkong, a été envoyée à Kuala Lumpur en mars 2014 couvrir la disparition du vol MH370 de Malaysia Airlines et se heurta, dès le départ, aux incohérences et contradictions des autorités malaisiennes. Deux ans plus tard, en 2016, elle tirait de son investigation continue un ouvrage remettant en question les hypothèses avancées, et c’est une version remaniée en profondeur, avec encore cinq années de suivi de l’affaire, qui est sortie sous le titre La Disparition.

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Cherchant sans relâche les clés de l’énigme du B777, l’autrice écarte rapidement la piste du pilote suicidaire ou terroriste, constatant par de multiples échanges avec son entourage qu’il était sain d’esprit et l’un des plus expérimentés de la compagnie. Elle souligne et déconstruit les failles de l’enquête internationale, retournant inlassablement toutes les hypothèses, tous les profils, toutes les déclarations. Elle pointe les discours peu crédibles du premier ministre australien d’alors, Tony Abbott, convaincu de « connaître la localisation de la boîte noire, à quelques kilomètres près », et l’échec d’années de recherches en mer qui s’ensuivirent.

Conviction personnelle

De là, Florence de Changy détaille une conviction personnelle acquise au fil des ans : que l’avion n’a jamais fait demi-tour vers l’océan Indien mais est tombé au large des côtes vietnamiennes, juste au sud de l’espace aérien chinois. Quant à ce qui pourrait constituer une preuve tangible, le flaperon retrouvé sur une plage de La Réunion, elle constate qu’il n’a pas sa plaque d’identification, et considère qu’à ce titre son authenticité « peut et doit être mise en doute ».

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Elle détaille comment la trace de l’avion disparaît progressivement des écrans radars passé 1 h 20 dans la nuit du 8 mars 2014, et souligne que « si quelqu’un avait délibérément éteint le transpondeur, le signal de l’avion aurait instantanément disparu des écrans des contrôleurs aériens » – ce qui la conduit à pencher pour la thèse d’un brouillage extérieur.

Une arme ultrasensible américaine ?

Elle relève qu’aucun pays de la région – Thaïlande, Indonésie, Singapour, Australie – n’a dit avoir repéré le vol sur ses radars s’il a fait demi-tour, comme le laissent pourtant penser les données satellitaires d’Inmarsat. Et constate que l’armée américaine s’est bien gardée de partager ce qu’elle pouvait avoir capté.

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L’auteur se risque en épilogue à avancer ce qu’elle qualifie de simple hypothèse, qui ne manquera pas de susciter la controverse : qu’une arme ultrasensible américaine avait été chargée dans la soute de l’avion à destination de Pékin et qu’il était inacceptable pour Washington que le régime chinois mette la main dessus. Qu’il fallait détourner le vol pour le vider de cette précieuse cargaison déguisée en fruits frais ou appareils Motorola sur la liste de chargement, ce qui devait être fait grâce au brouillage d’avions de surveillance mais que le plan A « ne s’est pas déroulé comme prévu » du fait du sérieux du pilote et que l’avion a donc été « abattu soit par erreur, soit délibérément ». Elle suggère ainsi que la première puissance de la planète est impliquée, que la deuxième a gardé le secret, tout comme les Etats voisins. Libre au lecteur de se faire son opinion sur ce scénario, hautement spéculatif.

« Vol MH370. La disparition », de Florence de Changy (Les Arènes, 528 pages, 24,80 €).

via LeMonde

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