L’écho puissant des « Carnets de guerre » de Vassili Grossman sur le conflit en Ukraine


L’auteur Vassili Grossman, à Schwerin, en Allemagne, en 1945.

C’est une voix lointaine et un peu lancinante. Pour qui se rend aujourd’hui en Ukraine dans les zones touchées par les ­combats qui opposent, depuis le 24 février, les forces ukrainiennes à l’envahisseur russe, de nombreux lieux font écho aux écrits de l’auteur Vassili Grossman (1905-1964). Voilà quatre-vingts ans, en pleine seconde guerre mondiale, il parcourait pour le journal de l’Armée rouge ces mêmes villes et villages, aujourd’hui sous le feu des armes. Il traversait ces mêmes ponts et fleuves et il longeait les mêmes côtes de la mer d’Azov et de la mer Noire.

Dans Carnets de guerre, de Moscou à Berlin 1941-1945 (textes choisis et présentés par Antony Beevor et Luba Vinogradova, 2007, Calmann-Lévy), on peut lire des extraits de ces fiches qu’il rédigeait le soir, à l’abri de la ­surveillance de la police politique du NKVD (le « Commissariat du peuple aux affaires intérieures »). Un matériau qui lui servira de base pour son chef-d’œuvre, Vie et destin (L’Age d’homme, 1980). L’écrivain est alors au cœur d’une autre histoire que celle qui occupe l’actualité depuis février. Mais la photographie que cet Ukrainien, né à Berditchev, au sud-ouest de Kiev, fait de la guerre dans son pays rappelle l’intemporalité des souffrances qu’elle inflige.

Témoin de la bataille de Stalingrad

Durant l’hiver 1941, alors que les Allemands sont bloqués aux portes de Moscou, Grossman part couvrir les combats à la lisière orientale de l’Ukraine et près du Donbass, qu’il connaît bien. En 1930, il a commencé à travailler dans cette région, à Donetsk (alors Stalino), comme ingénieur chimiste. Une stèle posée dans la ville garde le souvenir de ses passages. Il restera de longs mois à Stalingrad, en 1942 et début 1943.

L’issue victorieuse de cette bataille constitue un tournant de la guerre, mais Staline pense, à tort, que les Allemands vont s’effondrer. Les colonnes de blindés soviétiques avancent trop vite. Epuisé et sans carburant, le 25e corps blindé doit abandonner ses véhicules près de Zaporijia, raconte le témoin qui décrit les hommes s’enfuyant à pied dans la neige sous le feu de la Wehrmacht.

Aujourd’hui, pour rejoindre Zaporijia en venant de Dnipro, on emprunte une quatre-voies au revêtement parfait jalonnée de checkpoints. Elle longe ces mêmes champs rectilignes où les soldats soviétiques tentèrent de sauver leur peau. On se demande alors où ces hommes pouvaient trouver refuge tant l’horizon semble lisse. A l’époque, l’agriculture intensive avait déjà fait table rase des talus.

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via LeMonde

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