L’école, champ de bataille du Kremlin


Capture d’écran d’une vidéo éducative à destination des enfants sur la situation en Ukraine diffusée sur VK et sur la chaîne YouTube d’un institut de formation agréé par le ministère russe de l’éducation.

C’est l’un des innombrables supports pédagogiques utilisés dans les écoles russes pour expliquer aux enfants l’« opération militaire spéciale » conduite par Moscou en Ukraine. Une vidéo de près de quarante minutes au titre sans équivoque, « Les défenseurs de la paix », et dont le parti pris est clairement affiché : « Pourquoi la mission de libération de l’Ukraine est une nécessité ».

Signe de son importance, sa diffusion avait été annoncée plusieurs jours à l’avance, début mars, avec consigne donnée à tous les directeurs d’école du pays, malgré les décalages horaires, de placer leurs écoliers devant des écrans au jour dit. Aucune indication d’âge, mais celui de la présentatrice, visage angélique et rubans bleus dans les cheveux, ne dépasse guère les 12 ans.

« Nous commençons seulement notre chemin dans la vie, nous apprenons tout juste ce qui est bien et ce qui est mal », explique-t-elle aux millions d’enfants qui la regardent, avant de se tourner vers différents experts, adultes, pour recueillir leurs explications. « Ce qui est en jeu, ce n’est pas du tout l’Ukraine », attaque le premier, le journaliste de Rossia-1 Denis Polountchoukov. S’ensuit une argumentation classique sur la faute de l’Occident dans la division des « peuples frères » que sont les Ukrainiens et les Russes. Le même, plus tard : « La seule façon de vaincre une puissance nucléaire, c’est de semer la division en son sein. » « L’homme russe ne fait que se défendre, c’est un fait historique », appuie un autre journaliste.

La vidéo passe en revue tous les sujets de discorde entre les deux pays – les « mensonges » de l’Holodomor, la famine organisée dans les années 1930 en Ukraine, la « glorification des traîtres et des collaborateurs » dans ce pays, etc. éducation Les intervenants apprennent aussi aux enfants à se méfier des « fake », avec des exemples parfois déroutants, comme cette image de frappe aérienne sur un immeuble d’habitation de Kiev : « La trace laissée dans le ciel par le missile est blanche, ce qui est caractéristique des roquettes utilisées par les Ukrainiens », explique doctement l’expert.

Deux fronts prioritaires

Du temps a passé, depuis cette diffusion, mais le contenu de ces enseignements n’a pas changé. Certains sont précis au point d’aborder en profondeur la question des sanctions (« qui vont [les] rendre plus forts »), d’autres évoquent « la destruction des valeurs traditionnelles en Occident ». Il y a des dessins animés (la trahison de Mykola l’Ukrainien que son ami russe Vania avait toujours défendu…). Des quiz : « L’organisation de manifestations peut-elle être un outil de guerre hybride ? » ; « combien chacun de ces pays a-t-il mené de guerres contre la Russie (vainqueur, la Pologne…) ? »

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via LeMonde

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