« L’économiste Ricardo avait proposé en 1819 un impôt exceptionnel sur tout type de capital, qu’il fût foncier, financier, industriel ou commercial »

Tribune. La question de la dette publique gonflée par la crise sanitaire s’est invitée pour longtemps dans le débat politique français. Que faire de la « dette Covid » ? La réponse apportée par le rapport Arthuis est qu’il faudra la rembourser par une maîtrise accrue de la dépense publique. D’autres options sont sur la table : annulation pure et simple, renouvellement à échéance, remboursement par les fruits de la croissance, « cantonnement » dans une structure ad hoc abondée par des impôts ou des économies résultant de réformes structurelles.

Quelle option choisir ? Malgré le caractère inédit de la crise sanitaire, il n’est pas inutile de rechercher des leçons dans l’histoire. Un exemple vieux de deux siècles est instructif : celui de la dette héritée en 1815 par la couronne britannique des guerres révolutionnaires et napoléoniennes.

Cette comparaison se justifie par le contexte monétaire : dès 1797, la convertibilité or des billets de la Banque d’Angleterre fut suspendue, ce qui autorisa un financement partiel de la guerre par leur émission, comme aujourd’hui le soutien par la Banque centrale européenne (BCE) des programmes publics anti-Covid est permis par la suspension du pacte de stabilité dans la zone euro.

Des différences importantes

Cette monétisation de la dette n’était autrefois pas plus à la discrétion du gouvernement britannique – la Banque d’Angleterre était alors privée – qu’elle ne l’est aujourd’hui pour les Etats de la zone euro, envers lesquels l’indépendance de la BCE est garantie par les traités.

Il existe bien sûr des différences importantes entre les deux époques. Quand l’Angleterre entra en guerre, la Banque d’Angleterre n’était pas une banque centrale mais une société par actions, créée un siècle plus tôt pour permettre à des finances royales aux abois d’emprunter du capital privé en échange d’un monopole d’émission des billets dans un rayon de 65 miles autour de la City. Elle était gérée discrétionnairement par des directeurs convaincus que cette émission n’avait d’effet ni sur la valeur de la monnaie ni sur l’activité économique globale.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Jean-Claude Werrebrouck : « La pandémie questionne à nouveau la loi d’airain de la monnaie »

Autre différence : en vingt ans de guerre, le montant de la dette publique fut multiplié par trois pour atteindre 270 % du produit intérieur brut (PIB) ; le Covid ne l’a jusqu’à présent fait passer en France que de 100 % à 115 % du PIB. Enfin, une faible partie (environ 6 %) en était détenue par la Banque d’Angleterre, à qui les intérêts perçus procuraient en 1815 plus des deux tiers des revenus.

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via LeMonde

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