L’Eglise catholique de Hongkong, dernier rempart contre l’oubli des manifestants réprimés de Tiananmen en 1989

Un visiteur prie à côté d’un tableau représentant la déesse de la démocratie au Musée du 4 juin, qui commémore la répression de la place Tiananmen en 1989, lors de sa réouverture à Hongkong, le 30 mai 2021.

Jamais jusqu’à présent la petite communauté catholique de Hongkong – à peine 500 000 personnes sur 7,5 millions d’habitants – n’a été menacée de la sorte. Dans la nuit du 2 au 3 juin, des grandes banderoles sont apparues devant l’entrée de plusieurs églises, assénant des slogans intimidants, écrits en caractères jaunes et rouges sur fond noir : « Les sectes envahissent la foi. L’antéchrist et les faux prophètes surgissent. Sous couvert d’adorer Dieu, ils incitent au chaos. Ils divisent la religion et ont les mains couvertes de sang frais. »

L’identité de l’imposteur ou de « l’antéchrist » auquel les banderoles font référence ne laisse aucun doute : c’est l’ancien évêque de Hongkong, le vieux cardinal Joseph Zen Ze-kiun (89 ans), l’irréductible pourfendeur du Parti communiste chinois, dont le visage jauni est affublé d’un diable, avec sa queue en fourche et ses cornes. Un avertissement final signe l’intention de cette campagne : « Chrétiens, méfiez-vous de ne pas être amenés à violer la loi sur la sécurité nationale ! » C’est au nom de cette loi, imposée par Pékin aux Hongkongais le 30 juin 2020, que toute contestation contre le régime chinois peut désormais être lourdement sanctionnée.

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Les églises ciblées par ces actions n’ont pas été choisies au hasard. Ce sont les sept paroisses de Hongkong qui ont prévu de donner une messe spéciale en commémoration du massacre de Tiananmen, dans la soirée du vendredi 4 juin, à 20 heures, au moment où, traditionnellement depuis trente et un ans, les Hongkongais se sont toujours rassemblés en masse dans le parc Victoria, sur l’île de Hongkong. Mais la grande cérémonie publique traditionnelle étant interdite pour la deuxième année consécutive, à nouveau pour raisons sanitaires et en dépit d’une épidémie remarquablement contrôlée, ces sept églises, réparties à travers tout le territoire de Hongkong, deviennent de fait les derniers bastions de cette commémoration que Pékin cherche à étouffer par tous les moyens.

Une liberté de culte garantie

L’initiative, non revendiquée, semble typique des actions du Front uni, l’organisation pieuvre du parti qui mène les opérations d’influence prochinoises et envoie régulièrement des supplétifs en mission sur le terrain, notamment pour contrer la présence de militants prodémocratie à certains événements.

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Le député pro-Pékin le plus radical de Hongkong, Junius Ho, qui s’était illustré en 2019 par son soutien ouvert aux gangsters qui avaient « cassé » du manifestant à la station de métro de Yuen Long, a renchéri en encourageant ses partisans à surveiller de près ces messes et à ne pas hésiter à prévenir la police, « même au moindre doute ». « Nous allons être très vigilants sur le respect des clauses sanitaires qui nous imposent de n’avoir que 30 % des places occupées, car nous savons qu’il y aura des espions dans l’assemblée », nous indique le curé de l’une de ces paroisses, qui préfère garder l’anonymat.

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via LeMonde

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