L’élection à la tête d’Interpol d’un Emirati accusé de torture est source d’embarras pour la France

Ahmed Naser Al-Raisi, lors de la première journée de l’assemblée annuelle d’Interpol, à Istanbul, le 23 novembre 2021.

L’élection du général de police émirati Ahmed Naser Al-Raisi, jeudi 25 novembre, à la présidence de l’Organisation internationale de police criminelle, plus connue sous le nom d’Interpol, est le meilleur symbole du fait que « l’ère des autoritaires » est loin d’être terminée. Bien au contraire, elle illustre la volonté de ces puissances antidémocratiques de prendre le contrôle des organisations internationales pour mieux en refaçonner les règles. Le général Al-Raisi, visé par de multiples plaintes pour torture, sera pendant quatre ans le visage et la voix de cette institution, basée à Lyon, aussi célèbre par son nom qu’opaque dans son fonctionnement.

C’est, pour les Emirats arabes unis (EAU), une victoire diplomatique sans précédent. Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane, prince héritier et dirigeant de fait de la fédération émiratie, s’est rendu en visite officielle en Turquie, pendant longtemps son ennemie jurée à l’échelle régionale, au moment où siégeait l’assemblée générale d’Interpol, composée des représentants de ses 195 Etats membres, chargés de désigner le président et de renouveler le comité exécutif de treize membres.

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Ahmed Naser Al-Raisi, qui faisait face à une candidate tchèque, n’a pas été élu lors des deux premiers tours de scrutin qui nécessitaient une majorité des deux tiers. Il l’a été au troisième – où une majorité simple suffit – avec 69 % des voix.

Son élection a suscité de vives critiques parmi les défenseurs des droits humains en raison de la pratique courante de la torture dans les EAU et de l’absence d’une justice indépendante. Partis politiques, syndicats et élections y sont proscrits. Les critiques du régime sont en exil ou en détention à l’instar d’Ahmed Mansour, poète et membre du Gulf Center for Human Rights (GCHR), arrêté en 2017 et condamné l’année suivante à dix ans de réclusion qu’il purge à l’isolement dans une cellule de 4 mètres carrés, privé de visites, de promenade et de soins.

« Triste jour pour les droits de l’homme »

Sayed Ahmed Alwadaei, le directeur du Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD) estime que « nommer Al-Raisi président [d’Interpol] malgré son implication dans l’emprisonnement illégal d’opposants émiratis dans des conditions épouvantables envoie un message dangereux. Plus personne ne sera à l’abri d’Interpol et des régimes dictatoriaux. » « Triste jour pour les droits de l’homme », a abondé Hiba Zayadin, chercheuse sur le Golfe pour l’ONG Human Rights Watch, qui a déploré l’élection du « représentant du gouvernement sans doute le plus autoritaire du Golfe ».

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via LeMonde

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