L’embarrassante petite phrase de Lula sur le président du Nicaragua, Daniel Ortega

L’ancien président du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva, lors d’une conférence à Sciences Po, à Paris, le 16 novembre 2021.

Sa tournée en Europe a été qualifiée de « triomphale » par la presse. Mais, pour Luiz Inacio Lula da Silva, le retour au Brésil est autrement plus compliqué. Le leader de gauche, grand favori de la prochaine présidentielle, est aujourd’hui au centre d’une polémique embarrassant jusqu’à ses proches alliés. L’objet du litige : la position pour le moins ambiguë de l’ex-métallo sur le régime autoritaire de Daniel Ortega au Nicaragua.

A l’origine, on trouve une interview, accordée le 20 novembre au quotidien espagnol El Pais. Au sujet du Nicaragua, où Daniel Ortega a été réélu le 7 novembre, pour un quatrième mandat, au terme d’un processus qualifié de « farce » ou de « simulacre » par les observateurs, Lula se fait d’abord consensuel : « Tout homme politique qui commence à penser qu’il est indispensable et irremplaçable commence à devenir un petit dictateur. »

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Mais vite, le ton change. « Ceci étant dit, nous devons défendre l’autodétermination des peuples. Pourquoi Angela Merkel peut-elle rester seize ans au pouvoir, et Daniel Ortega non ? (…) Quelle est la logique là-dedans ? », s’interroge alors maladroitement l’ancien président. Réponse cinglante de la journaliste : « Angela Merkel est restée seize ans au pouvoir, c’est vrai. Mais elle n’a jamais mis ses opposants en prison. »

Visiblement gêné, le chef du Parti des travailleurs (PT), 76 ans, finit par reconnaître que Daniel Ortega « a tort ». Mais le mal est fait. Et la petite phrase déclenche instantanément la furie de la droite et un malaise chez une partie de la gauche, alors que le Brésil vit toujours sous la menace d’un coup de force du président Jair Bolsonaro.

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Sortie prévisible

Dans le « salon vert » du Congrès de Brasilia, équivalent de la salle des quatre colonnes au Palais-Bourbon, à Paris, rares sont les députés à accepter de commenter les déclarations du « chef ». « Lula tend le bâton pour se faire battre », déplore une cadre du PT. « Je ne comprends pas pourquoi il dit des conneries pareilles ! », s’énerve un intellectuel proche du parti. Les bolsonaristes, eux, jouent sur du velours : « Pourquoi est-ce que tu ne la fermes pas ? », lance sur Twitter, en espagnol, le général Augusto Heleno, bras droit de l’actuel chef de l’Etat.

Venant d’un ancien opposant à la dictature, la sortie peut surprendre. Mais elle est en réalité bien prévisible. Le PT n’a jamais pris ses distances avec les anciens « partis frères » de gauche, aujourd’hui à la tête de régimes autoritaires, tels que le Nicaragua, Cuba, le Venezuela ou même la Chine communiste, qualifiée récemment par l’ex-présidente Dilma Rousseff de « lumière face à la décadence et à l’obscurité traversée par les sociétés occidentales ».

A un an de la présidentielle, la polémique pourrait coûter des voix à l’ancien métallo, qui tente d’attirer l’électorat modéré, échaudé par Jair Bolsonaro. « Le PT est contre les dictatures, mais seulement quand elles sont de droite (…), il continue de cultiver des liens avec les pires régimes de notre continent et du monde. Peut-on vraiment croire à son engagement pour la démocratie ? », est allé jusqu’à s’interroger José Pinheiro da Fonseca, économiste libéral et éditorialiste à la Folha de Sao Paulo.

via LeMonde

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