Les 100 jours de Joe Biden : « Pourquoi le risque inflationniste fait-il autant jaser ? »

Tribune. Le plan de relance américain est-il surdimensionné ? Oui, d’après Lawrence Summers et Olivier Blanchard, deux experts dont la voix porte et qui craignent une surchauffe économique. Dans un tel scénario, l’inflation menacerait d’accélérer de manière incontrôlable, obligeant la Réserve fédérale américaine (Fed) à mettre fin à sa politique monétaire ultra-accommodante.

On imagine alors les marchés d’actions et d’obligations connaître une violente correction, pris en étau entre la hausse des taux et la baisse de l’appétit pour le risque. Ce scénario du pire est possible, mais il est loin d’être certain. « Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien », disait Michel Houellebecq.

Lire la chronique d’Arnaud Leparmentier : « Le plan de relance de Joe Biden risque de faire ressurgir un fantôme disparu : l’inflation »

Au plus fort de la crise due au Covid-19, le produit intérieur brut (PIB) américain a chuté lourdement. Depuis, il a repris des couleurs, mais accuserait toujours un retard de près de 4 % par rapport à son niveau potentiel, d’après les estimations du Congressional Budget Office, du Fonds monétaire international et de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Or, les montants promis par le plan de relance de Joe Biden permettraient non seulement de rattraper ce retard, mais aussi, potentiellement, de le dépasser de près de 5 %, du jamais-vu depuis la seconde guerre mondiale – d’où les craintes de surchauffe, accentuées encore par l’éventualité des 3 000 milliards de dollars aujourd’hui discutés, qui s’ajouteraient, dans l’année, aux 1 900 milliards tout juste votés et aux 900 votés fin 2020…

Lire la chronique d’Alain Frachon : « On croyait avoir Papy Biden, on a le Popeye de la relance budgétaire »

Mais trois bémols doivent être apportés. D’une part, les montants engagés ne seront pas forcément tous dépensés. Une partie sera épargnée, et même une grande partie si les ménages restent frileux. Tout dépendra du « multiplicateur », un concept qui divise les économistes : un multiplicateur de 1 signifierait que toute la relance se retrouve dans le PIB. Mais l’incertitude est grande autour de sa valeur, et il n’est pas exclu que le multiplicateur soit juste suffisant pour que le PIB rattrape seulement son retard.

Qui a raison ?

D’autre part, le retard du PIB serait peut-être sous-estimé. En effet, les 4 % sont une moyenne, mais certains organismes vont jusqu’à 6 %, la différence se jouant dans la méthode d’estimation du PIB potentiel. Avec un tel retard du PIB, le plan de relance serait alors tout juste suffisant.

Quant aux 3 000 milliards, il s’agirait d’investissements dans les infrastructures du pays, qui doperont donc parallèlement le PIB réel et le PIB potentiel, sans grand risque donc d’accroître un écart d’où jaillirait une surchauffe de l’économie.

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via LeMonde

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