Les 400 coups du cinéma français en Amérique

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Publié aujourd’hui à 09h50

Illustration réalisée à partir de photos d’Alban Wyters/Abacapress, Alamy Stock Photo, de Kathy Hutchins/Alamy, Zoonar GmbH/Alamy, Martin Bergsma/Alamy, EQRoy/Alamy.

« Ce film vient de sauver 2021 », « Enfin du cinéma ! », « Donnez-lui la Palme d’or tout de suite, rien ne peut surpasser ça. » Sous la bande-annonce d’Annette, 99 % des commentaires sont en anglais et à l’avenant. Depuis l’annonce de sa mise en production, toute miette d’information sur le mystérieux opéra rock de Leos Carax, qui se déroule à Los Angeles, fait le buzz sur l’Internet anglophone.

« Pour un cinéphile américain, Annette est ce qu’on peut imaginer de plus excitant à l’heure actuelle », confirme Richard Brody, critique de cinéma au New Yorker et biographe de Jean-Luc Godard (Jean-Luc Godard, tout est cinéma, Presses de la Cité, 2011), avant d’évoquer la longue file de fans qui attendaient déjà Leos Carax en 2013 devant l’Alliance française de Manhattan, où le réalisateur français était venu parler de son précédent film, Holy Motors (2012). « C’était vraiment très émouvant de voir l’enthousiasme qu’il inspirait à ces jeunes gens. »

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Peut-être la scène rappelait-elle au critique sa jeunesse, quand il découvrit le cinéma à travers Godard, comme tant d’autres baby-boomeurs américains. Richard Brody était alors à l’université, où un camarade cinéphile l’avait envoyé à une projection d’À bout de souffle. Plus qu’une révélation, ce fut une conversion, dit-il : « Pour moi, Hollywood n’était ni jeune ni moderne. C’était le truc de mes parents. Avec la Nouvelle Vague, le cinéma devenait non seulement un art – les Français ont donné au monde le mot “auteur” ! – mais, de surcroît, un art de la jeunesse. »

Cette époque où La Marquise d’O (1976), d’Éric Rohmer, pouvait rester à l’affiche à New York une année entière, où les cinéastes français faisaient la pluie et le beau temps, n’est plus qu’un lointain souvenir, constate le critique. Distributeur de Bruno Dumont et des premiers longs-métrages de Leos Carax, le très francophile Richard Lorber, un des leaders de la distribution du cinéma d’auteur international aux États-Unis, lui aussi tombé dans la Nouvelle Vague pendant ses études, déplore l’« empreinte rétrécie » du cinéma français dans son pays : « Le candidat de la France pour l’Oscar du meilleur long-métrage international, Deux (2019), de Filippo Meneghetti, n’a pas dépassé 6 000 dollars au box-office. C’est faible au point d’être embarrassant. Pourtant, c’est l’un des meilleurs films de la dernière décennie. Dans les années 1960, on aurait été extatiques. »

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via LeMonde

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