Les ambiguïtés du pape François sur la guerre en Ukraine

Analyse. Est-il juste de fournir à l’Ukraine des armements pour qu’elle puisse se défendre contre l’agression de la Russie ? Cette question, posée dans un entretien au quotidien Corriere della Sera publié le 3 mai, le pape François l’a laissée en suspens. « Je ne sais pas comment répondre », a-t-il reconnu. Cette impasse morale avouée résume les difficultés sur lesquelles bute, avec l’invasion de l’Ukraine, la conception de la guerre qu’a développée le pape argentin au fil de son pontificat.

Cet entretien au journal italien permet d’éclairer la position si particulière et non exempte d’hésitation du chef de l’Eglise catholique depuis le début du conflit. Elle se caractérise par un refus total de la guerre, des appels à l’arrêt des combats, une application à ne pas incriminer nommément Vladimir Poutine et à ne pas faire porter la responsabilité du conflit à la seule Russie. Dans le même entretien, François critique le rôle de l’OTAN dont les « aboiements aux portes de la Russie » auraient poussé le chef du Kremlin à passer à l’action militaire.

Cette position, qui peut donner l’impression de placer les deux belligérants au même niveau de responsabilité, a engendré des initiatives mal comprises du côté ukrainien, comme la visioconférence du pape et de Kirill, le chef de l’Eglise orthodoxe russe, le 16 mars. A Pâques, le Vatican a dû renoncer à faire dire une méditation conjointement par une Ukrainienne et une Russe, une initiative critiquée car considérée comme aveugle à la différence entre agresseurs et agressés par les autorités et les catholiques ukrainiens.

François a souvent refusé, pas seulement à propos de l’Ukraine, de reprendre à son compte le concept de « guerre juste ». Cette notion très ancienne, que la pensée chrétienne a contribué à définir, figure pourtant dans le catéchisme de l’Eglise catholique, document doctrinal publié en 1992, sous Jean Paul II. Elle est assortie de strictes conditions. Pour être juste, une guerre doit être un acte de « légitime défense », n’intervenir qu’après l’échec d’autres moyens pour faire cesser un dommage « durable, grave et certain », avoir des chances « sérieuses de succès » et ne pas conduire à des « maux ou des désordres plus graves que le mal à éliminer ». La guerre d’agression, elle, est qualifiée d’« intrinsèquement immorale ».

En réalité, la menace nucléaire a, depuis 1945, défié cette théorie. Six mois après la crise des missiles de Cuba, en 1963, l’encyclique Pacem in terris de Jean XXIII appelait à substituer « la confiance mutuelle » à « l’équilibre des armements » et à fixer pour objectif « la proscription de l’arme atomique ». Le concile Vatican II (1962-1965) prenait acte de ce que les nouvelles armes de destruction massive « force[nt] à reconsidérer la guerre dans un esprit entièrement nouveau », condamnait la course aux armements et prônait l’élimination de l’arsenal nucléaire.

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via LeMonde

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