Les anti-uranium remportent  largement les élections au Groenland

Président du parti Inuit Ataqatigiit (IA), Mute B. Egede, à Nuuk, au Groenland, le 6 avril 2021.

Les élections législatives et communales qui se sont tenues, mardi 6 avril, au Groenland ont été largement remportées, comme prévu, par Inuit Ataqatigiit (IA, « communauté du peuple »), parti de gauche qui avait fait notamment campagne contre le projet de mine de terres rares et d’uranium de Kuannersuit, dans le sud du Groenland. Au cours de ce qui a été qualifié d’« élection de l’uranium », IA a obtenu 36,6 % des suffrages, devant Siumut (29,4 %), le parti social-démocrate, qui a détenu le pouvoir presque sans discontinuer depuis les premières élections, en 1979.

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Le président de IA et probable futur premier ministre du Groenland, Mute B. Egede, âgé de 34 ans, est lui-même originaire de Narsaq, cette petite ville de 1 300 habitants à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau de la montagne de Kuannersuit. Mute B. Egede est partisan de l’association Urani Naamik (« non à l’uranium »), dont l’initiatrice, Mariane Paviasen, a également été élue députée sur la liste IA. Grâce à son activisme et ses mobilisations, celle-ci avait fini, en début d’année, par rallier des élus du parti du premier ministre, précipitant la chute du gouvernement de coalition.

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IA a maintenant commencé les discussions avec les différents partis pour former une coalition majoritaire, comme c’est la tradition au Groenland. « Personne n’exclut personne, sauf que IA ne fera pas de compromis avec l’uranium, estime Jensine Berthelsen, du journal groenlandais Sermitsiaq. Si les autres partis veulent collaborer, ils doivent se préparer à ce que le projet de mine de Kuannersuit soit abandonné. »

« Un frein à l’argent facile »

Certains partis groenlandais soutiennent le projet de mine de Kuannersuit car ils considèrent qu’il pourrait subvenir aux besoins du pays, qui dépend aujourd’hui presque entièrement des exportations de l’industrie de la pêche et de la dotation annuelle versée par le Danemark. La compagnie australienne Greenland Minerals, dont le principal actionnaire est une entreprise publique chinoise, a obtenu, en 2007, une licence pour explorer la possibilité d’en extraire des terres rares. La compagnie assure pouvoir créer 300 emplois locaux et reverser pour 200 millions d’euros par an au Groenland, soit presque la moitié de ce que verse chaque année le Danemark à son territoire autonome.

Pour Greenland Minerals, le résultat de l’élection est une très mauvaise nouvelle. L’annonce des résultats a eu un effet radical sur son action, qui a chuté de 44,38 % à la Bourse de Perth. Jusqu’au jour du vote, la compagnie a acheté des encarts publicitaires dans les médias groenlandais assortis d’une photo montrant une grande prairie verte où broutent quelques vaches noires au pied de la montagne de Kuannersuit, avec ce slogan : « Le Groenland va devenir le grand fournisseur des éoliennes et voitures électriques du monde. »

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via LeMonde

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